5000 personnes contre le dumping social: témoignages au coeur de la manifestation

5000 personnes contre le dumping social: témoignages au coeur de la manifestation
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5000 personnes contre le dumping social: témoignages au coeur de la manifestation - © Tous droits réservés

Près de 5 mille manifestants se sont rassemblés en fin de matinée place du Luxembourg à Bruxelles, face au parlement européen pour dénoncer les pratiques de dumping social. En cause : l'usage frauduleux du détachement de travailleurs européens.

Le mécanisme est connu : des entreprises peu scrupuleuses utilisent frauduleusement la directive européenne sur le "détachement" de travailleurs. Cette directive autorise dans le cadre d’une mission temporaire, l’engagement de travailleurs européens aux conditions de salaire et de travail du personnel belge. Le travailleur payant toutefois ses cotisations de sécurité sociale et ses impôts dans son pays d’origine.

Mais certains détournent ces conditions: la mission n’est pas temporaire, les conditions de travail ne sont pas les mêmes pour ces travailleurs européens que pour les travailleurs belges, les cotisations sociales ne sont pas payées... des abus qui conduisent à une concurrence déloyale, à du dumping social.

C’est ce que dénoncent les syndicats depuis longtemps.

Et certains secteurs sont particulièrement touchés : les transports routiers, la construction, le secteur du bois ou encore celui de la viande. Mais, des réseaux de recrutement commencent aussi à s’organiser dans le secteur des aides-soignantes et des soins infirmiers.

Esclaves des temps modernes

Et ces travailleurs européens sont bien les premières victimes, ils sont souvent exploités. Les témoignages sont accablants: 3 euros de l’heure pour certains travailleurs d’entreprises sous-traitantes dans le secteur de la viande. Bart Vannetelbosch, secrétaire national de la CSC du secteur Alimentation et Services dénonce même dans certains cas des pratiques maffieuses: "Certains de ces travailleurs qui viennent nous trouver pour déposer plainte sont menacés".

"En Belgique, dans le secteur de la construction, explique un autre manifestant, un travailleur est payé entre 35 et 38 euros l’heure, mais il y a des travailleurs polonais qui viennent ici pour 5 ou 6 euros, 10 euros tout frais compris, c’est 2/3 en moins". "On leur fait croire qu’ils ont droit aux mêmes conditions que nous, et dans la réalité, ils se retrouvent logés dans des containers, ou des hangars, sans eau".

"J’ai connu des espagnols qui travaillaient depuis 50 jours chez nous, ils n’étaient pas payés, ils n’avaient même pas de quoi retourner chez eux", enchaine cet autre témoin.

Concurrence déloyale

Cette concurrence déloyale n’est évidemment pas sans conséquence pour les travailleurs et les employeurs qui respectent les règles. Les pertes d’emplois en attestent: 500 chaque mois dans le secteur de la construction, 6 milles emplois perdus aussi depuis 4 ans dans les transports routiers, ce sont les chiffres avancés par les syndicats.

"Tout le monde est perdant, explique un responsable de la FGTB, les travailleurs exploités, les travailleurs belges qui perdent leur emploi, les entrepreneurs belges qui perdent des marchés, l’état belge qui perd des rentrées de sécurité sociale. A qui profite le crime ? à ce qu’il faut bien appelé des négriers européens de la construction".

CSC FGTB et CGSLB réclamaient donc en cœur ce matin des actes concrets à l’Europe et à la Belgique.

Ils demandent notamment un renforcement de la législation européenne pour contrer ces entreprises "boites-aux-lettres", l’obligation du paiement électronique des salaires en cas de détachement de travailleurs afin de mieux détecter les fraudes, le paiement des cotisations sociales des travailleurs détachés dans le pays d’occupation.

Ils réclament aussi des contrôles renforcés et une meilleur coopération entre les services concernés, ce qui implique notamment plus de moyens pour les inspections sociales, et ils plaident aussi pour la création d’une agence européenne de protection et d’inspection sociale.

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