4000 kilomètres de haies ou un million d'arbres plantés en Wallonie en 5 ans : réaliste ?

4000 kilomètres de haies ou un million d’arbres en Wallonie: réaliste?
4000 kilomètres de haies ou un million d’arbres en Wallonie: réaliste? - © JT RTBF

Cette promesse de la déclaration de politique régionale a déjà fait beaucoup parler d’elle : "le gouvernement wallon visera notamment à mettre en œuvre progressivement, au cours de la législature […] la plantation de 4000 km de haies en milieu ouvert et/ou d’un million d’arbres".

Objectif particulièrement ambitieux quand on se souvient que l’opération lancée sous la dernière législature à coups de subventions par l’ancien ministre René Collin (cdH) a permis la plantation de 110 km de haies en 3 ans…

Chiffres vertigineux

L’ambition du gouvernement régional est pourtant de planter en moyenne plus de 2 km de haies et/ou près de 550 arbres par jour pendant 5 ans ! Voire davantage si on considère qu’on ne peut le faire pendant toute l’année.

"Les chiffres annoncés paraissent en effet énormes, astronomiques, reconnaît Jonathan Rigaux, pépiniériste à Neufchâteau, et président de la fédération représentative du secteur. Mais si on fédère l’ensemble des acteurs de la filière bois, les planteurs forestiers, les sociétés de parcs et jardins, les pépiniéristes, l’ambition est acceptable et réalisable".

Uniquement avec le produit du sol wallon ? "Si on devait commencer immédiatement, on devrait importer une grande partie des graines et des plantes, et cela pendant sans doute les 3 premières années, avant d’arriver à une autonomie régionale en fin de législature", estime Jonathan Rigaux.

Objectifs clairs et rigueur

"C’est positif, bravo pour l’ambition !". Gregory Mahy est professeur de gestion de la biodiversité à Gembloux agro-bio tech. Mais ce spécialiste reste un peu dubitatif. "La grande priorité, c’est la restauration de la santé de nos écosystèmes, de nos forêts, la conservation de nos joyaux naturels, nos prairies, nos tourbières, explique-t-il. Est-ce qu’on ne va pas détourner des moyens prioritaires vers un projet certes ambitieux, mais dont on ne connaît pas bien l’objectif écologique ? Refaire des réseaux bocagers, dans des régions bocagères où vous avez des espèces qui en dépendent, c’est intéressant. Le faire dans des zones de grandes cultures où l’on trouve des espèces de milieux ouverts, ça risque d’avoir un effet contre-productif".

Et Grégory Mahy illustre encore son propos. "Planter une haie, c’est bien. Mais une haie avec une seule essence, ou plusieurs ? De 50 cm de large, ou 3 mètres ? Dans quelle région, de quelle provenance ? Il y a toute une réflexion à avoir. Autre exemple : planter un million d’arbres de façon aléatoire à travers le territoire n’aura d’effets significatifs ni sur la diversité biologique, ni sur l’atténuation climatique, ni sur la régulation des inondations. Donc il faut que ce soit structuré, budgété, pour éviter une sorte de greenwashing en communiquant simplement sur la quantité".

Et c’est vrai que depuis sa mise en place, le gouvernement wallon n’a pas encore détaillé son projet, en dehors de l’augmentation annoncée du budget consacré à la biodiversité (porté à 7,3 millions).

On devrait en savoir davantage ce mercredi, lors d’une conférence de presse de Céline Tellier (Ecolo). La ministre de l’Environnement procédera à la plantation symbolique d’un morceau de haie. Elle annoncera surtout le lancement d’un groupe de travail axé sur cette promesse de la législature qui débute.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK