30.000, 70.000, 140.000: combien d'emplois ont réellement été créés par le gouvernement Michel ?

Combien d’emplois a créé le gouvernement Michel ? C’est la question qui anime l’actualité depuis des mois. Pourquoi cette question revient-elle encore aujourd’hui ? Parce qu’une étude de l’Institut de recherches économiques et sociales de l’UCLouvain (Ires) publiée dans Le Soir ce matin annonce, contrairement au gouvernement, que la création d’emplois n’est pas majoritairement le résultat de sa politique.

Combien d’emplois ont été créés sous cette législature ?

De 2015 à 2018, on enregistre une création nette de près de 230.000 emplois (229.800), dont 157.700 emplois salariés dans le secteur privé. Ces chiffres, personne ne les conteste. Par contre, lorsqu’on analyse de plus près le pourquoi de cette création d’emplois dans le secteur privé, là, les opinions divergent.

Selon le gouvernement, les 157.700 emplois sont, en grande majorité, le résultat de sa politique. « Toutes les études indiquent que la conjonction des mesures du gouvernement a participé de manière substantielle à créer les conditions favorables à la création d’emplois », indique la ministre du Budget Sophie Wilmès au journal Le Soir.

Mais selon plusieurs études, les mesures du gouvernement n’ont pas été les seuls facteurs créateurs d’emplois. D’après une étude de la FEB, le nombre de nouveaux emplois salariés créés dans le secteur privé grâce à la politique de modération salariale du gouvernement (tax shift ou encore saut d’index) est plutôt de 140.000. La KU Leuven revoit quant à elle ces chiffres à la baisse en annonçant 75.000 nouveaux emplois créés grâce au gouvernement. Mais aujourd’hui, selon les derniers chiffres de l’Ires, la politique du gouvernement Michel n’aurait finalement joué qu’un rôle secondaire dans la création d’emplois : sur les 157.700 emplois créés dans le secteur privé, 27.500 seraient dus à sa politique de modération salariale.

Pourquoi parle-t-on ici de 27.500 emplois ?

Selon l’Ires, ces études partent d’un postulat différent : « La FEB par exemple, analyse les effets de réductions du coût du travail en supposant que l’effet est immédiat sur l’évolution de l’emploi », nous explique Murielle Dejemeppe, professeure d’économie à l’UCLouvain. L’IRES elle, par du constat inverse : « Il y a une inertie importante dans les mesures sur l’emploi. Le gouvernement va encore générer des emplois supplémentaires dans la législature suivante ». C’est pour cela que l’Ires a analysé l’évolution de l’emploi depuis 1995.

Pour les chercheurs de l’UCL, la Suédoise ne pourrait donc revendiquer qu’environ 20% des emplois créés. Un constat qui pour Philippe Ledent, économiste chez ING, n’a rien d’étonnant. Selon lui, la création d’emplois ne peut en effet pas être uniquement attribuée aux politiques menées par le gouvernement. En Belgique, il pointe deux éléments majeurs vecteurs de création d’emplois : « C’est d’abord le passé parce que des mesures en matière d’emplois prennent du temps à se développer. Quand on a une dynamique positive de l’emploi, elle peut démarrer maintenant mais révéler tous ses effets dans plusieurs années. L’autre élément majeur, c’est la conjoncture générale, c’est le contexte économique général. Nous sommes une petite économie très ouverte donc ce qui se passe dans le monde a davantage d’impact que les mesures qui peuvent être prises à un moment par le gouvernement ». Et de continuer : « On sait très bien que jamais aucun gouvernement ne sera totalement responsable des créations d’emplois qui ont eu lieu pendant sa législature. Dans une période de mauvaise conjoncture, on devrait être plus félicité qu’un gouvernement qui dit avoir créé 250.000 emplois alors que la conjoncture économique était très bonne ».

Alors, bonne ou mauvaise nouvelle ?

Selon Philippe Ledent, même 30.000 nouveaux emplois générés uniquement par le gouvernement, c’est quand même déjà une bonne nouvelle : « On sort de trois années où chaque année on crée plus plusieurs milliers d’emplois en Belgique. Il faut en être satisfait ».

Mais en ces temps de campagnes électorales, Philippe Ledent met en garde les partis qui voudraient promettre de nouvelles créations d’emplois sous la prochaine législature : « L’Ires dit bien que la période d’une législature est trop courte et que probablement qu’une partie des effets de cette réduction du coût salarial se feront sentir sur l’emploi créé durant la prochaine législature. Cela reste donc une mauvaise promesse parce que se donner un objectif c’est faire fi de la conjoncture future et des mesures prises par le passé ».

Quant à savoir si les emplois créés concernent des temps pleins et ou des temps partiels, l’Ires ne peut répondre à cette question car cela ne faisait pas l’objet de l’étude nous dit-elle.

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