241 décès annoncés ce mardi en maison de repos en Flandre : comment expliquer ce chiffre?

Suite à l’épidémie du coronavirus, la Belgique compte aujourd’hui plus de 2000 morts. Parmi les décès, beaucoup de personnes âgées et notamment des résidents de maisons de repos. Sur les 403 nouveaux décès annoncés ce mardi, 241 ont été comptabilisés dans des maisons de repos en Flandre. Un chiffre élevé qui interpelle et pose un certain nombre de questions auxquelles nous tentons de répondre. 

Pourquoi autant de décès en maison de repos ce mardi? 

Ces 241 décès n’ont pas été enregistrés ces dernières 24h. "Les décès qui surviennent dans les maisons de repos sont annoncés avec un peu plus de retard que ceux déclarés dans les hôpitaux”, explique lors de la conférence de presse Emmanuel André, médecin et microbiologiste à la KULeuven. Les décès de ces 241 résidents de maisons de repos ont été notifiés entre le 1er et le 4 avril 2020. Parmi ces résidents, certains avaient été testés positifs au coronavirus, d’autres étaient suspectés d’avoir été infectés par le COVID-19 sans que cela ne soit confirmé par un test. 

L'âge et le sexe de ces décès ne sont actuellement pas encore connus, précise Sciensano dans son rapport épidémiologique quotidien. L'institut de santé publique précise qu'un nombre important de décès en maison de repos en Flandre datant d'avant le 1er avril sont omis pour l'instant des chiffres et les corrections doivent encore être apportées. Depuis le 6 avril, ces décès sont ajoutés systématiquement mais avec un délai de 2 jours. Ceux des maisons de repos en Wallonie et à Bruxelles étaient par contre déjà inclus dans les rapports quotidiens précédents. Selon les derniers chiffres disponibles, un mort sur trois en Wallonie est un résident de maison de repos.

Pourquoi ne pas hospitaliser d'office les personnes âgées infectées?

Pour Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur à l'École de Santé publique de l'Université libre de Bruxelles (ULB), si les personnes âgées ne sont pas toutes admises aux soins intensifs, ce n’est pas parce que les médecins trient les patients mais bien parce que: "individuellement, les caractéristiques de la personne ou ses chances de guérison en soins intensifs font en sorte que le choix n’est pas favorable à une prise en charge hospitalière lourde. C’est vraiment au cas par cas. C’est le résultat d’une réflexion entre le médecin, la famille et le patient"

Mais pourrait-on hospitaliser plus rapidement les personnes âgées, dès les premiers symptômes de la maladie? La réponse dépend des lits disponibles dans les hôpitaux: "Si nos hôpitaux retrouvent une capacité d’accueil plus grande parce que le nombre de cas diminue dans la population, alors on pourrait envisager comme en Allemagne, une stratégie d’une plus grande précocité de la prise en charge hospitalière de ces personnes les plus vulnérables. C’est-à-dire de les hospitaliser dès leurs premiers symptômes”, précise Yves Coppieters pour qui les maisons de repos et de soins pourraient ne pas toujours offrir un environnement médicalisé adéquat aux résidents infectés. 

Pour les représentants des homes, il aurait fallu tester tout le personnel soignant en début de crise. "C'est un facteur critique. Quand vous avez 10 résidents de maison de repos, vous avez en temps normal quatre membres du personnel. Donc il faut impérativement que le personnel puisse être traité à temps, à la fois pour éviter qu'il apporte l'infection à l'intérieur et aussi qu'il l'apporte à sa famille. Donc on a évidemment perdu du temps", explique Vincent Frédéricq, secrétaire général de la Fédération des Maisons de repos.

Les tests vont-ils s’intensifier dans les maisons de repos? 

Après plusieurs cris d’alarme du secteur, 20 000 kits de tests ont été réservés pour les maisons de repos. La Communauté germanophone obtiendrait 106 tests, la Région wallonne 6 597, la Région Bruxelles-Capitale 2 054 et la Flandre 11 243. Ces tests devraient être effectués dans les prochains jours, avec des résultats attendus pour ce week-end. De quoi rassurer progressivement le personnel et les résidents. Mais toutes les maisons de repos n’ont pas encore reçu ces tests de dépistage. En Wallonie par exemple, la priorité est d’abord donnée aux maisons de repos qui ont au moins dix cas suspects parmi leurs résidents ou le personnel. Les tests restants ont été distribués de manière aléatoire aux maisons de repos et de soins. 

Tous les employés des maisons de repos wallonnes ne seront donc pas dépistés car ils sont 18 000. Pour Pierre Lallemand, directeur de la maison de repos "La retraite fleurie": "C’est aberrant". Il y a beaucoup de chose que je ne comprends pas. Il serait judicieux de tester les maisons de repos qui ne sont pas encore infectées de manière à pouvoir prendre toutes les précautions plutôt que de tester uniquement celles qui sont déjà infectées. Pour moi c’est un non-sens”.