208 jours sans gouvernement, le record d'Europe

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Cela ne fait plus aucun doute, samedi la Belgique va battre le record européen de la plus longue crise politique avec 209 jours sans gouvernement. Un triste record qui pose question et continue à faire planer le doute sur les marchés financiers.

Le dernier record en date revenait aux Pays-Bas en 1977 avec 208 jours sans gouvernement. Samedi, il sera battu par notre pays.

En 2007, avec Yves Leterme, on avait atteint le cap des 194 jours. Il faut remonter fin des années 80' pour trouver pareille crise avec Jean-Luc Dehaene (il n'y a pas eu de gouvernement entre décembre 87 et mai 88) et sa désormais célèbre phrase ("Sir, donnez-moi 100 jours"). Mais à l'époque, comme le rappelle Marc Sirlereau, journaliste politique à la RTBF, il y avait eu moins de rebondissements et les négociations s'étaient clôturées sur une troisième réforme de l'Etat avec notamment la mise en place de la Région bruxelloise et la communautarisation de l'enseignement.

Une période de négociations trop longue ?

Pour Benoit Rihoux, professeur de sciences politiques à l'UCL, "Le processus a toujours été long en Belgique depuis les années 70'" à cause du nombre de partenaires autour de la table (souvent quatre ou six) et du fait que l'accord de gouvernement soit "une sorte de Bible et non un accord-cadre"."Tout y est chiffré". Il est normal, selon lui, de laisser du temps à la négociation et une période de trois à quatre mois reste "raisonnable". Mais aujourd'hui, la situation devient "plus problématique".

Notons que le record mondial à la formation d'un gouvernement est détenu par l'Irak qui avait mis 289 jours en 2009. Si le blocage actuel persiste chez nous, on passera ce cap le 30 mars prochain. Une situation qui ne serait en rien comparable si ce n'est le nombre de jours, précise Jean-Michel De Wael, doyen de la Faculté des sciences sociales et politiques et directeur du Cevipol, le centre d'étude de la vie politique. L'Irak étant un pays en guerre et non démocratique.

Faut-il remettre en cause le scrutin proportionnel ?

Contrairement au scrutin majoritaire, le scrutin proportionnel permet à plusieurs partis de se retrouver dans un gouvernement, un processus jugé plus démocratique vu les différentes sensibilités et communautés représentées. Dans notre cas, passer au scrutin majoritaire ne changerait rien, explique Jean-Michel De Wael. "La N-VA serait toujours le premier parti côté flamand et le PS, côté francophone", dit-il. Le problème, selon lui, c'est "le clivage profond qui existe entre la société du nord et du sud du pays".

Un modèle hollandais pour sortir de la crise ?

Dernièrement aux Pays-Bas, après trois mois de crise, c'est un gouvernement minoritaire (chrétien-démocrates et libéraux) soutenu par l'extrême droite (le PVV, le parti de Geert Wilders) qui a été mis sur pied. Un modèle qui, selon certains, inspirerait le président de la N-VA, Bart De Wever. Mais pour Jean-Michel De Wael, "il n'y a pas de tradition de gouvernement minoritaire en Belgique" et il ajoute qu'il y a un accord sur le fait que les deux partis vainqueurs des élections du 13 juin doivent être partie prenante du futur gouvernement.

En attendant, cette crise politique continue d'inquiéter le monde économique même si pour l'instant l'agence de notation, Standard & Poors n'envisage pas de modifier sa notation. Elle attend fin juin.

 

C. Biourge

 

 

 

 

 

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