Faut-il créer la possibilité d'un référendum d'initiative citoyenne en Belgique? Les partis sont mitigés

Mercredi soir, pour la dernière émission de l'année, le débat d'À Votre Avis est revenu sur les sujets qui ont le plus préoccupé les Belges et qui restent de gros défis politiques pour l’année 2019. Pouvoir d’achat, migration, climat et défiance envers le politique, au lendemain de la démission de l’ancien Premier ministre Charles Michel, ces thématiques sont plus que jamais brûlantes.

La tension était montée d’un cran à la fin du mois d’octobre avec l’apparition du mouvement des Gilets jaunes, qui s’était exporté très rapidement en Belgique. Depuis lors, leur revendication principale reste la même : avoir un meilleur pouvoir d’achat. Comment serait-ce réalisable ? L’une des solutions avancées est de combattre la fraude fiscale.

Olivier Maingain, président de DéFI déplore tout d’abord le manque de moyens dont dispose la police fédérale spécialisée dans la lutte contre la fraude fiscale. Selon lui, cette dernière a été démantelée en bonne partie par l’ancien ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA). Il pointe également du doigt les procédés légaux qui permettent de contourner la fiscalité belge, ce qu’il appelle "l’optimisation fiscale". "Il faut non seulement resserrer les dispositifs légaux, mais aussi, d'après l'économiste Bruno Colmant, il faudrait moins taxer les revenus du travail que les flux financiers, c'est-à-dire les mouvements d'argent. Aujourd'hui, dans notre économie numérisée, on paie en Belgique mais l'argent arrive sur un compte à l'étranger où le régime fiscal est particulièrement favorable à l'entreprise qui ne doit pas payer le même taux d'imposition. Donc, il faut faire taxer à la source. C'est ce que veulent monsieur Macron et madame Merkel et je crois qu'il faut s'inscrire dans cette démarche".

Le PS, quant à lui, reste sur ses positions et milite pour la baisse de la TVA sur l’énergie de 21% à 6%. Mais ce n’est pas tout, Elio Di Rupo, président du Parti socialiste voudrait aller plus loin en termes de revenus : "Pour une carrière complète, il faut que la pension minimale atteigne 1500 euros net par mois. Il faut aussi que les salaires minimums qui sont aujourd'hui de 9,4 euros de l'heure, passe à 14 euros l'heure. Je crois qu'il faut aussi ramener des moyens financiers dans les soins de santé. On n'a pas évoqué le coût des médicaments, le coût qui devient exorbitant dans les hôpitaux, là aussi, il y a des mesures concrètes à prendre". Pour financer toutes ces mesures, le président du parti évoque la lutte contre la fraude fiscale, qui s’élève à 7 milliards d’euros par an.

Les libéraux, par contre, ne veulent pas de cette baisse de la TVA. Olivier Chastel, président du MR propose de garder le taux comme il est actuellement et de créer, en parallèle, un "fonds électricité" dont bénéficieraient les plus bas salaires : "Je plaide pour qu'on ne diminue pas la TVA sur l'électricité parce que certains n'en ont pas besoin. Mais d'autres en ont vraiment besoin et ces moyens-là, je les consacrerais évidemment à ceux qui en ont besoin. On l'a fait pour le mazout, il y a plusieurs années d'ici. On peut créer un 'fonds électricité' ou un 'chèque électricité' et tous ceux qui sont allocataires sociaux, ceux qui ont des bas, voire moyens revenus, devraient bénéficier de cet avantage".

Jean-Marc Nollet, le président Écolo est d’accord avec cette dernière proposition. D’après lui, ces fonds pourraient aider les citoyens à investir cet argent dans l’isolation de leur habitation afin de baisser leur consommation d’énergie et donc, les coûts.

Un référendum d'initiative citoyenne?

Une autre grande revendication des Gilets jaunes est l’instauration d’un référendum d’initiative citoyenne. Sur ce dernier point, les différents partis sont partagés.

Le MR préfère parler de consultation citoyenne qui existe déjà en région wallonne. D’après Olivier Chastel, un référendum serait compliqué car cela impliquerait de changer la Constitution. "On est plutôt favorable à demander l'avis de la population dans un certain nombre de propositions avant de les établir", ajoute-t-il. Il termine en affirmant que le MR désirerait voir la fin de l’effet dévolutif lors des votes électoraux : "Je pense qu'il faudrait définitivement redonner à nos citoyens, le choix de leurs élus. Aujourd'hui, le Parti socialiste ne veut absolument pas supprimer l'effet dévolutif de la case de tête parce que le président veut absolument désigner celui et celle qu'il veut voir élu le premier, le deuxième, le troisième. Nous, nous sommes favorables à ce qu'il n'y ait plus d'effet dévolutif parce qu'au moins, le concitoyen pourrait vraiment désigner sur la liste, celui qu'il a envie de voir élu".

Selon Elio Di Rupo, le citoyen doit avoir la parole mais pas via le référendum. En effet, il redoute au niveau national, une différence d’opinion flagrante entre francophones et néerlandophones sur certaines questions. Le référendum serait donc un nouveau facteur du déchirement du pays. Par contre, au niveau régional, il est possible d’avancer.

Jean-Marc Nollet n’est absolument pas du même avis. Il ne comprend même pas pourquoi "les partis traditionnels" sont réticents. "Je ne comprends pas la réticence des partis traditionnels. En tant qu'écologistes, nous travaillons tous les jours, main dans la main, avec Groen et les préoccupations qui sont les nôtres sont les leurs aussi. Pourquoi est-ce qu'on nous rabat toujours les oreilles avec la Question Royale ?" Le président Écolo voudrait donner à la population, la possibilité de déposer des projets de lois.

Quant à Olivier Maingain, il s’était déjà exprimé sur notre plateau la semaine passée et s’était dit en faveur du référendum.

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