2016, une année politique de tous les dangers

2016, une année politique de tous les dangers
2016, une année politique de tous les dangers - © RTBF/Belga

Le 22 mars 2016 restera comme un jour noir pour la Belgique. Une explosion à Brussels Airport, une autre dans le métro Maelbeek, la pire des séquences pour le gouvernement Michel. Le spectre des attentats a rattrapé la Belgique. Blême, traumatisé, le gouvernement Michel affiche la solidarité face à la terrible épreuve. En coulisses se jouera pourtant une autre partition. Le surlendemain des attentats, on apprendra que les ministres Jambon (N-VA) et Geens (CD&V) ont proposé leur démission, estimant devoir assumer des défaillances de leurs services dans le renvoi de la Turquie vers la Belgique d’un des terroristes. Mais, après une longue nuit de palabres, les démissions sont refusées. Ce n’est pas le moment, le pays est en niveau 4, le plus haut niveau de risque de menace terroriste. Mais cette nuit-là, la vie de la Suédoise a tenu à un fil. L’affaire est en tout cas évoquée en commission d'enquête parlementaire attentats, où le débat pourrait rebondir en 2017.

Quoiqu'il en soit, avec l’irruption du terrorisme, Charles Michel (MR) et son équipe auront dû gérer une situation inédite, avec pour tâches essentielles de laisser se dérouler les enquêtes, la recherche des auteurs, mais de veiller aussi au retour à la sécurité, avec le maintien - depuis près de deux ans désormais - de militaires en rue et la volonté de renforcer notre arsenal juridique anti-terrorisme. Même si certains textes comme par exemple la prolongation de la garde à vue se sont depuis enlisés dans les débats parlementaires

Mais des démissions quand même

Le 15 avril, le couperet tombe. Pressée par le Premier ministre lui-même cette fois, Jacqueline Galant (MR), ministre fédérale de la Mobilité, démissionne. La bourgmestre de Jurbise est empêtrée dans plusieurs scandales, engluée dans des dossiers " pourris " et sa défense commence à éclabousser le 16, rue de la Loi. Charles Michel est obligé de siffler la fin de la récréation, sous la pression de la N-VA. C’est le bourgmestre de Rochefort, François Bellot (MR), qui reprend l’instable portefeuille de la Mobilité et sa cohorte de dossiers aussi minés qu'irrésolus.

Quatre jours plus tôt, une autre démission a défrayé la chronique, cette fois-ci du côté de la Fédération-Wallonie-Bruxelles. Au cœur d’une procédure judiciaire autour d’une affaire d’emplois fictifs, Joëlle Milquet (cdH) annonce sa démission. Elle est soupçonnée d’avoir engagé des collaborateurs pour participer à sa campagne électorale de 2014 alors qu’elle était ministre de l’Intérieur. L’hyperkinétique fondatrice du parti humaniste se voit contrainte d'abandonner la scène politique. Une mini-révolution en soi. Marie-Martine Schyns (cdH) la remplacera à l’Education, Alda Greoli (cdH) à la Culture.

Démission ? Leitmotiv de 2016 ? Presque. Au cours de ce mois de décembre, le bourgmestre d’Uccle, Armand De Decker (MR) quitte son poste de vice-président du Parlement bruxellois. Un (petit) pas de côté pour celui qui n’a pas fini de mettre son parti sur les charbons ardents. L’avocat ucclois est la "star" de l’affaire dite du Kazakhgate. La justice le soupçonne d’avoir joué de son influence pour faire adopter la loi sur les transactions pénales et avoir ainsi, permis d’éviter la prison pour corruption à son client le milliardaire Kazakh Patokh Chodiev. Au passage, le " bel Armand " aurait touché de faramineux honoraires, une grasse "récompense" pour son précieux entregent. Pour l’heure, Armand De Decker attend les résultats de l’information judiciaire dont il est l’objet. Sera-t-il poursuivi ou pas ? Il devrait être fixé sur son sort début 2017.

En 2016, le Kazakhgate aura fait des remous jusqu’au Parlement. Pour éclaircir les circonstances qui ont amené à élargir cette fameuse loi sur les transactions pénales, une commission d’enquête parlementaire est mise sur pied. Sa présidence doit normalement revenir à un cdH, Francis Delpérée est le candidat tout désigné des Humanistes. Sauf qu’une série de révélations finissent par ternir son étoile. Les craintes d’impartialité et de conflit d’intérêts auront raison de sa candidature. Francis Delpérée finit par jeter l’éponge.

Le recul du décumul

Et en parlant de conflits d'intérêt... La Wallonie aura fait fort sur le fameux cumul des mandats. En 2010, le gouvernement wallon adopte un décret pour interdire le cumul des mandats sauf pour 25% des élus. Le but? Eviter que les mêmes personnalités politiques soient toujours seules aux commandes. Une première dans la moralisation de la vie politique. Mais en novembre, patatras ! Contre toute attente, le PS, MR et cdH annoncent en chœur vouloir faire marche-arrière car – après mûre réflexion - la fin du cumul ce n’est pas une si bonne idée que ça… Les Verts sont rouges de colère. Sous la pression de l’opinion publique, les présidents des trois partis font marche arrière-toute. Un rétropédalage en bonne et due forme. A peine né, le recul du décumul est renvoyé aux oubliettes.

2016, l’année des calculettes

En 2016, les calculettes ont chauffé à plein régime, mais le compte n’a pas toujours été bon. Le budget aura donné du fil à retordre au gouvernement fédéral. Après avoir annoncé un déficit de 2,4 milliards, surprise ! En fait, non, c’est 4,2 milliards qu’il faut trouver. Une tuile ! Un trou à combler qui va provoquer quelques sueurs froides. Car l’Europe n’attend pas que des mesures d’économies budgétaires, elle veut aussi des réformes structurelles, sur le long-terme. Et là, entre partenaires de majorité, c’est la foire d’empoigne. Le vice-ministre CD&V, Kris Peeters, fera même mine de claquer la porte du gouvernement. Car chaque parti veut son trophée : taxe sur les plus-values, réforme de l’Isoc, mobilisation de l’épargne etc. C’est le début d’un grand marchandage, une partie de poker-menteur dont personne ne sortira vraiment vainqueur, mais Charles Michel finira par présenter son budget avec une semaine de retard à la chambre. Des indiscrétions révéleront plus tard que pendant la séquence budgétaire, le gouvernement a bien failli tomber, sauvé in fine par une très très opportune mansuétude de la N-VA.

La fièvre sociale toute l’année

Le social, le fil rouge de l’année. C’est peu dire que les réformes du gouvernement Michel restent en travers de la gorge. Les syndicats n’ont pratiquement pas désarmé. Toute l’année, les rues de la capitale ont subi les assauts de milliers de manifestants. Avec toujours comme mot d’ordre : non aux mesures du gouvernement ! Non à la réforme des pensions, non à la réforme de loi sur le travail, non à la réforme de la loi sur la compétitivité, non à la rationalisation dans les prisons, des soins de santé etc.

Sous les imprécations d’une opposition gonflée à bloc, le Premier ministre aura été à chaque fois contraint de monter à la tribune pour défendre contre vents et marées son programme, répondre à ceux qui l’accusent de détruire la concertation sociale ou encore d’être la marionnette de la N-VA. Charles Michel se revendique lui "déterminé" à poursuivre les réformes avec comme obsession : stimuler l’emploi. Son mantra : "Jobs, jobs, jobs". L'équipe Michel revendique 100 000 nouveaux emplois, malgré en parallèle la litanie des restructurations : Caterpillar, ING, Axa …

Et le Ceta alors ?

Octobre 2016, l’année où Justin Trudeau est attendu à Bruxelles. Le Premier ministre canadien doit venir signer le Ceta, le traité commercial de libre-échange entre l’Europe et le Canada. Oui, mais voilà, c’est sans compter avec d’irréductibles Wallons, vent debout contre un traité qu’ils dénoncent depuis des mois. Emmené par un Paul Magnette (PS) galvanisé, le gouvernement wallon refuse de signer le traité, pourtant condition sine qua non – régionalisation oblige - pour que Didier Reynders (MR), le ministre des Affaires étrangères, puisse le signer au nom de la Belgique. Pour les Wallons, le Ceta est mal ficelé et dangereux, ils réclament de sérieux amendements. S’en suivra une folle quinzaine de négociations, un billard à trois bandes entre la Wallonie, le Fédéral et la Commission européenne, à grands coups de théâtre, d’ultimatums et de rebondissements. Finalement, Justin Trudeau prendra bien l’avion pour Bruxelles et signera une version amendée du Ceta. Les Wallons ont obtenu leurs garanties et le monde entier aura découvert l’existence de la Wallonie.

Turbulences et portes qui claquent

2016 n’aura pas été une année de tout repos pour la Suédoise, les zones de turbulences se sont succédées à un rythme vertigineux. Au détour de séquences parfois dramatiques, le vaisseau fédéral aura sérieusement tangué. Au point que les pythies politiques auront annoncé plus d’une fois son inévitable et imminent naufrage. C’est vrai que l’équipe gouvernementale montre de sérieuses faiblesses. En cause : un attelage brinquebalant.

Le CD&V ne cache pas son malaise dans cette majorité de droite, tiraillé par son aile gauche il aimerait des accents plus "sociaux" dans le programme du gouvernement. Mais le CD&V irrite aussi ses partenaires : l'Open VLD et surtout la N-VA. Quant à la N-VA, elle n'hésite plus à jouer cavalier seul. Son président Bart De Wever ou encore le secrétaire d’Etat à l’Asile et aux Migrations, Theo Francken, font des sorties médiatiques sans se soucier de mettre Charles Michel en porte-à-faux : polémiques sur l'état d'urgence, l'état de droit, le pouvoir des juges, l'affaire du visa non attribué à une famille syrienne, etc.

Des chamailleries de " kibbelcabinet " qui ont chaque fois forcé Charles Michel à jouer les pompiers et à démontrer qu'il contrôle bien cette majorité. Bref, beaucoup de bruit, de fureur, beaucoup de travail, d'énergie dépensée en 2016. Et pas sûr que 2017 - qui n'est a priori pas une année électorale- sera forcément plus paisible... 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK