Deux réacteurs nucléaires actifs sur 7: aucun lien avec leur vétusté, assure Jan Bens

Le site nucléaire de Doel.
Le site nucléaire de Doel. - © DIRK WAEM - BELGA

Ce mercredi après-midi à la Chambre, la sous-commission sur la sécurité nucléaire se penchait sur la mise à l'arrêt du réacteur 3 de la centrale de Tihange avec l'audition de Jan Bens, directeur général de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire. Les comptes sont vite faits : sur les sept réacteurs belges, il n'y en a plus que deux en activité, cinq sont aujourd'hui à l'arrêt.

A Tihange, c'est simple, tout est à l'arrêt. Le réacteur de Tihange 1 est en phase de révision décennale. Tihange 2 est toujours à l'arrêt pour cause de microfissures, comme Doel 3. Et depuis jeudi dernier, c'est Tihange 3 qui ne tourne plus. Le réacteur s'est d'abord arrêté pour "une indisponibilité non-planifiée". Depuis, Electrabel a décidé d'anticiper des travaux prévus en octobre.

Résultat, Tihange 3 ne sera pas remis en route avant le 28 août. Aujourd'hui, il n'y a donc plus que deux réacteurs sur sept qui tournent normalement : Doel 2 et 4. L'opposition est dès lors encore montée au créneau, s'inquiétant de la fiabilité des centrales.

"Caractère exceptionnel"

Jan Bens a tout d'abord reconnu le "caractère exceptionnel" de la série d'incidents qui ont touché la centrale de Tihange, cette dernière ayant été plus touchée que Doel. Mais, assure-t-il, les incidents répertoriés en juillet n'ont aucun lien avec l'âge ou la vétusté des centrales concernées.

Quant à la mutation annoncée ce mardi de Pierre Moreau, l'un des patrons du site de Tihange, le directeur général de l'AFCN écarte tout lien avec cette situation. "La mutation de M. Moreau n'a absolument rien à voir avec les incidents, a-t-il encore déclaré. C'était à sa demande. Il est effondré de ce qu'affirme la presse", a-t-il déclaré.

Une forme d'"autosuffisance"

Il a malgré tout confirmé des manquements dans la "culture de la sécurité" nucléaire des exploitants de centrales belges, une forme d'"autosuffisance" qui peut expliquer le nombre croissant d'incidents observés ces derniers mois et qui a conduit l'autorité à transmettre un pro justicia au Parquet de Huy et à demander une analyse aux exploitants, singulièrement Electrabel.

Quatre membres du personnel d'Electrabel dont des cadres se sont vu retirer leur agrément et ne pourront le récupérer sans avoir repassé la formation ad hoc. Huit infractions ont été constatées rien que cette année dont sept durant le dernier mois.

Un plan d'action a été entrepris en vue d'améliorer la culture de la sécurité et "on sent que les choses bougent" à Tihange, a indiqué mercredi Jan Bens. Une invitation à ne pas verser dans l'autosuffisance a également été faite à Doel, le directeur de l'agence estimant que les incidents récemment constatés relevaient de responsabilités humaines sans lien avec l'âge des centrales.

L'AFCN doit par ailleurs encore se prononcer sur la prolongation des anciens réacteurs de Doel 1 et 2 décidée par l'actuel gouvernement.

L'objectif des autorités est que l'approvisionnement électrique du pays ne souffre d'aucun manquement l'hiver prochain.

Déjà au temps de Melchior Wathelet…

Mais ce constat n'est pas neuf : il y a un an quasiment jour pour jour, après les problèmes déjà survenus dans les centrales, Melchior Wathelet, alors ministre cdH de l'Intérieur, s'interrogeait ouvertement au Parlement sur la fiabilité du nucléaire en Belgique : "Ce qu’on vit aujourd’hui, c’est 50% du parc nucléaire qui n’est absolument pas disponible. Si vous basez à nouveau la sécurité d’approvisionnement sur quelque chose qui peut être indisponible à 50% pendant un an et demi, c’est vraiment se tromper d’objectif. C’est vraiment se tromper de vision".

Depuis pourtant, le gouvernement Michel a refait le choix du nucléaire, expliquant notamment qu'aujourd'hui, il n'avait pas vraiment d'autre alternative.

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