1er mai : quand la tradition des discours politiques se retrouve confrontée à la réalité de l'épidémie

1er mai : quand la tradition des discours politiques se retrouve confrontée à la réalité de l'épidémie
1er mai : quand la tradition des discours politiques se retrouve confrontée à la réalité de l'épidémie - © Tous droits réservés

Le 1er mai, c’est d’abord un jour de tradition pour les politiques. Tradition d’avalanches de discours visant à rappeler les valeurs des partis et leurs ambitions pour l’avenir. Et au passage, on s’attend toujours à ce que quelques piques soient lancées envers les formations politiques des autres bords.

Seulement cette année, si les responsables politiques ont tenté de ne pas déroger à leurs habitudes en apparaissant sur les réseaux sociaux plutôt que sur une tribune, le coronavirus n’a pas seulement modifié les rassemblements du 1er mai dans leur forme. Dans leur fond également, les discours ont dû se soustraire à la réalité du moment. La lutte contre l’épidémie a dominé les allocutions ; amenant la plupart des formations francophones, de gauche et de droite, à se rejoindre dans les mots et à s’accorder sur la nécessité d’endiguer la propagation du virus et de limiter ses impacts économique et social. Mais si une cohésion entre les différents messages entendus est bien ce qui transparaît dans la majorité des discours de ce 1er mai, la confiance accordée par les partis francophones au gouvernement reste, néanmoins, plus fragile que jamais.

 

"Un autre monde", une "société nouvelle"

Dans son discours, le président du PS, Paul Magnette, a appelé au "changement", à un autre monde basé sur "l’instinct de solidarité". Du côté du MR, l’heure est aussi au renouvellement et même à la remise en question de certains maillons du système politique. Son président, Georges-Louis Bouchez, a expliqué que son parti travaille à l’élaboration d’un "pacte pour une société nouvelle" qui doit englober l’ensemble des entités fédérées et le pouvoir fédéral ; tout en spécifiant plaider pour une réduction du nombre de ministres responsables des questions de santé au sud du pays.

Pour son 1er mai, Ecolo a lui aussi axé une bonne partie de son message sur la gestion de la crise et de l’après-crise. Les écologistes, en présence de leurs deux coprésidents Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane, ont choisi d’organiser une table ronde en ligne sur Facebook sur le thème des femmes et des soins de santé.

Dernier à avoir organisé un rassemblement virtuel côté francophone : le PTB. Si le parti plaide aussi pour un modèle post-corona, son chef de file à la Chambre, Raoul Hedebow, n’a quant à lui pas épargné le gouvernement lors de son discours. Un gouvernement qui "a été incapable de nous fournir des masques ainsi que des tests de dépistage suffisants et en temps voulu. Il a aussi été incapable de mettre en place une politique de santé préventive de qualité", souligne-t-il. A noter que ce parti est le seul côté francophone à ne pas avoir accordé sa confiance au gouvernement Wilmès II, ce qui explique sans doute ce ton plus virulent.

En général, les discours des principales formations politiques francophones, de gauche comme de droite, ont donc utilisé un vocabulaire similaire, orienté vers l’avenir et la gestion de la crise. Un sujet imposé par ces temps compliqués et que les politiques ont prononcé, hormis le PTB, sans trop donc s’égratigner les uns les autres.

"Le monde d’après ne peut être la réplique du monde d’avant"

Mais avec une simple phrase, Paul Magnette nous rappelle que l’heure du changement ne signifie pas forcément l’heure des rapprochements des formations politiques de gauche et de droite. Alors que le PS est tout de même allié du MR dans le gouvernement wallon et a, comme Ecolo DéFI ou le cdH, accordé sa confiance au gouvernement fédéral, Paul Magnette annonce que : "Le monde d’après ne peut être la réplique du monde d’avant""Le temps des compromis mous et fades est révolu", a lancé pour sa part le secrétaire général de Solidaris, Jean-Pascal Labille, appelant à la "convergence des luttes" et à la rupture avec "un capitalisme aveugle" qui a mené à la "faillite d’un système". Dans les rangs socialistes, certains aimeraient que la question de la confiance accordée au gouvernement soit déjà posée en juin plutôt qu’en septembre. "Le temps des comptes à rendre viendra après" avait aussi déclaré la semaine dernière Ahmed Laaouej, chef de file PS à la Chambre.

Si le coronavirus a réussi à réunir politiquement des partis de gauche et de droite, ce rapprochement n’est donc qu’éphémère. La question de la formation du nouveau gouvernement se posera bientôt. Un temps qui s’annonce agité. En cette fête du travail, ce n’est donc pas parce que les formations politiques utilisent un champ lexical similaire, qu’à l’avenir, elles deviendront partenaires.

 

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