1er mai : l'accord interprofessionnel au cœur des discours des politiques à l'occasion de la fête du travail

Crise sanitaire oblige, la tradition des meetings politiques de la fête du travail a été bousculée. Mais les partis ont pu délivrer leurs discours traditionnels du 1er mai via d’autres canaux. MR, PS, Ecolo et PTB n’ont pas manqué de faire référence aux discussions sur l’accord interprofessionnel, actuellement dans l’impasse.

Le PS se réjouit du "retour de la solidarité"

Dans un Facebook Live, le président du PS Paul Magnette a profité de son discours revenir sur l’accord interprofessionnel. "Nous sommes aussi, bien entendu, aux côtés de nos camarades des organisations syndicales dans leur combat pour l’augmentation des salaires", a affirmé le président du PS. Ce bras de fer entre partenaires sociaux secoue la majorité fédérale depuis plusieurs jours. Les socialistes francophones et flamands menacent en effet de bloquer les hausses de salaires des patrons et les dividendes si aucune avancée n’est possible sur la marge salariale, limitée pour l’instant à 0,4%.

"Il faut pouvoir octroyer des augmentations de salaire à tous les travailleurs qui ont continué à donner le meilleur d’eux-mêmes dans des secteurs qui, malgré la crise, ont fait des bénéfices. C’est pour nous une évidence", a ainsi sobrement répété Paul Magnette en appelant par ailleurs à la poursuite du combat pour le salaire minimum.

Dans son discours, Paul Magnette a par ailleurs rappelé les acquis et les fondamentaux du PS, égratignant au passage le gouvernement précédent. "Les socialistes sont de retour. C’est fini l’austérité, c’est fini les nouvelles taxes, c’est fini les sauts d’index. C’est le retour de la solidarité, le retour de la défense des services publics de la sécurité sociale", a-t-il dit.

Le PTB appelle "les autres partis de gauche" à libérer la norme salariale

De son côté, le PTB est également revenu sur cet accord interprofessionnel. Il a appelé les "autres partis de gauche" à soutenir la proposition de loi pour libérer les négociations salariales, déposée conjointement par Marc Goblet (PS) et Raoul Hedebouw (PTB).

"La question n’est pas le nom de la loi, il s’agit de libérer les négociations salariales et de donner à la classe travailleuse le respect qu’elle mérite", a lancé Raoul Hedebouw samedi dans un discours retransmis sur Facebook, pandémie oblige.

Réagissant à la menace de la famille socialiste au gouvernement fédéral de bloquer le versement des dividendes si des augmentations de salaires ne sont pas accordées aux travailleurs, le PTB y voit une "bonne mesure", tout en déplorant qu’elle n’ait jamais été appliquée en 25 ans, "même quand les socialistes étaient au gouvernement".


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"C’est le résultat de la mobilisation des travailleurs et de la montée du PTB dans tout le pays. L’essentiel reste que la norme salariale doit disparaître. 0,4% c’est insuffisant", a-t-il ajouté. Comme il en a pris désormais l’habitude, le Liégeois a aussi sévèrement critiqué le PS, lequel avait promis lors des élections de 2019 de ne monter au pouvoir que si l’âge de la pension était ramené à 65 ans, "un point 'non négociable', dixit Paul Magnette lui-même", a rappelé Raoul Hedebouw. "Aujourd’hui, les socialistes sont bien au gouvernement, mais… l’âge de la pension n’a pas bougé d’un iota", a grincé l’élu.

Le MR dénonce la "fausse bonne idée" des socialistes

Le président du MR, George-Louis Bouchez, a lui dénoncé lors de son discours la "fausse bonne idée" qu’est selon lui la proposition défendue par les partis socialistes d’interdire le versement de dividendes par les entreprises en cas de limitation à 0,4% de la hausse des salaires.

"Ce n’est pas raisonnable. Cela fait vraiment partie – et je suis désolé de le dire – des idées populistes", a-t-il affirmé. George-Louis Bouchez Bouchez a souligné que le MR s’opposerait à cette menace, brandie tant par le PS que par son homologue flamand, Vooruit (l’ex-sp.a), deux des sept partis de la coalition fédérale dite Vivaldi, à la suite de l’échec des négociations sur l’AIP 2021-2022.

"C’est facile de dire aux gens : 'il n’y aura pas de dividende'. Tout le monde applaudit parce qu’on dit 'c’est les multinationales, les très riches'. Savez-vous qu’un grand récepteur de dividendes, c’est l’Etat belge", a ajouté George-Louis Bouchez. "Est-ce qu’on va dire à l’Etat belge : 'plus de dividendes chez Proximus, plus de dividendes chez Belfius'?, a-t-il poursuivi en rappelant que les dividendes généraient également des impôts. "Ce sont des centaines de millions d’euros dont l’Etat se priverait si jamais on appliquait cette mesure et des centaines de millions en moins pour la sécurité sociale et pour les services publics", a encore fait valoir le président des libéraux francophones.

Ecolo 'prendra ses responsabilités' sur le dossier

De leur côté, les coprésidents d’Ecolo, Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane, ont publié leur discours sur Youtube. Ils ont également rappelé la position des écologistes dans le dossier de l’accord interprofessionnel. Comme les syndicats et le patronat ne sont pas parvenus à s’entendre sur la question des salaires, c’est au gouvernement, dont font partie les Verts, de trancher.

"Le dossier arrive sur la table du gouvernement fédéral, où les écologistes siègent. Nous prendrons nos responsabilités parce que chacun mérite une augmentation salariale. Dans les secteurs où un bénéfice important a pu être réalisé pendant la crise, il est tout à fait logique que les travailleuses et les travailleurs reçoivent davantage que les 0,4% qui sont pour l’instant sur la table", a déclaré Jean-Marc Nollet.

Le coprésident d’Ecolo a souligné que "les écologistes formuleront des propositions, notamment autour de l’article 5 de la loi de 1996". La loi de 1996 encadre l’évolution des salaires dans notre pays. L’objectif est entre autres de maintenir l’évolution des salaires dans notre pays, dans des marges acceptables pour ne pas compromettre la compétitivité des entreprises belges et singulièrement en comparaison avec trois de nos pays voisins : l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Cette loi a été revue en 2017 par le gouvernement de Charles Michel. Elle est devenue beaucoup plus stricte.

L’article 5 de la loi de 1996 " prévoit une marge de sécurité qui est totalement inutile au contexte actuel", martèle Jean-Marc Nollet. "Cette marge de sécurité pourrait être spécifiquement affectée aux secteurs qui ont fait des larges bénéfices. Il n’est pas normal que ces bénéfices aillent dans les dividendes, les salaires des patrons, sans que les travailleurs et travailleuses reçoivent aussi une augmentation salariale digne des bénéfices auxquels ils ont contribué en étant au front pendant la crise", a-t-il continué.

"Impossible de reprendre les négociations", selon la FGTB

Le président de la FGTB, Thierry Bodson, s'est aussi exprimé sur l'accord interprofessionnel ce samedi. "Reprendre les négociations sur la marge salariale entre partenaires sociaux, c’est impossible", a-t-il affirmé. "Nous reprendrons les discussions la semaine prochaine sur les fins de carrière et sur le salaire minimum. Mais reprendre sur la marge salariale, c'est impossible, les patrons ne voulant pas démordre de la limite de 0,4%. La balle est donc dans le camp du gouvernement fédéral", a-t-il ajouté. 

Egalement à l'occasion de la fête du travail, la FGBT a mené une action à Bruxelles avec le syndicat néerlandais FNV pour revendiquer un salaire minimum européen de 14 euros bruts de l’heure, l'équivalent de 2.300 euros bruts par mois. Actuellement, en Belgique, le salaire minimum horaire s’élève à 9,67 euros bruts. 

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