15 août à Liège: bastion essentiellement masculin, le folklore est-il sexiste ?

Jamais on n’a vu, jamais on ne verra : une femme Gille de Binche, une Blanc Moussi aux chromosomes XX, à Stavelot, ou une nana Marcheuse de l’Entre-Sambre et Meuse. Elles sont assistantes, cantinières, ou compagne dévouées. Est-ce immuable ? Nous nous sommes posé la question en ce 15 août, jour fétiche du folklore liégeois.
Et pour prendre la température, rendez-vous au Musée Tchantchès : la marionnette liégeoise s’adonne à un spectacle amusant et anachronique qui revisite l’année 1969, année érotique. Une marionnette sexy de Brigitte Bardot en Harley Davidson tente de détourner Tchantchès du droit chemin : sa femme, Nanesse, intervient : "Héééé alors, là ?". Le héros, c’est la mâle marionnette en blouse bleue et foulard rouge. Mais Nanesse n’a rien d’un personnage soumis. A tel point que pour son marionnettiste, Arnaud Bruyère, Nanesse serait même… féministe. "Nanesse est la femme liégeoise par excellence. C’est un personnage du XIXe siècle, un personnage qui est chez elle et c’est elle qui est maître dans sa maison." Nanesse le dit elle-même : "A la maison, c’est Nanesse qui décide ! ". Mais pourquoi juste à la maison ? Son nom n’orne la façade d’aucun musée ni d’aucune rue liégeoise. Nanesse reste dans l’ombre, comme la plupart des personnages féminins du folklore.

Une histoire d’hommes

Le folklore wallon est-il donc une affaire de testostérone ? Pourquoi donc les héroïnes ne sont-elles pas des héros comme les autres ? Valérie Piette, professeure à l’ULB, enseigne "Histoire, genre et sociétés" : "Le folklore est profondément masculin, la tradition est masculine. L’idée est de transmettre aux générations futures une histoire héroïque. C’est souvent une histoire écrite par des hommes pour tout le monde, mais essentiellement par des hommes, pour des hommes."

Elle souligne un paradoxe : notre société évolue, mais le folklore reste immuable et, selon elle, profondément machiste : "Il l’est en grande partie, comme notre société en général. Ici, il y a un hiatus : notre société depuis des années essaye de l’être de moins en moins, et là tout à coup, il y a des espaces de non-mixité, et extrêmement misogynes, qui perdurent."

Un manque pointé par l’Unesco

L’Unesco, au début des années 2000, s’est penché sur le folklore belge. Il a noté que chez nous, la plupart du folklore posait question en termes d’égalité de genre et a relevé que les femmes y étaient essentiellement des femmes de l’ombre.

Mais qui dit folklore, dit traditions, une expression de la vie en société pas particulièrement ouverte aux évolutions. C’est ainsi qu’alors que l’égalité de genres est acquise en droits, elle ne se reflète pas dans la représentation folklorique des femmes. Valérie Piette poursuit : "C’est un bastion masculin. Il y a une mixité importante dans la société, et justement, peut-être que cette mixité fait peur. Et donc, on se raccroche à une tradition. La tradition immuable a souvent bon dos. Le folklore doit être réinventé. Et là, on se raccroche à quelque chose qui perdure, dans une société qui bouge beaucoup, en termes d’égalité de genre, pour bien marquer la différence des sexes".

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