14-18: des Flamands tués à cause des ordres en français? "Un mythe a sa part de vérité"

La Grande Guerre, dont on commémorera ce week-end les cent ans de l'Armistice, a eu un écho particulier au sein du mouvement flamand. Notamment, dit-on, parce que les officiers francophones auraient envoyé à la mort les soldats flamands, leur donnant des instructions en français, une langue qu'ils ne maîtrisaient pas. Du moins, c'est ce que le mythe raconte.

"La grande majorité des soldats flamands ne comprenaient pas le français ; ça, ce n'est pas un mythe, commente l'historien Bruno De Wever, frère du président de la N-VA, Bart De Wever. Le mythe est par contre de dire que c'est à cause de cela qu'ils sont morts. Cette idée est plutôt née après la guerre pour faire comprendre l'injustice. Mais, comme dans tous les mythes, il y a une part de vérité."

Pas la naissance du mouvement, mais sa radicalisation

Au lendemain du conflit, ce sentiment d'injustice anime "une vaste majorité de soldats flamands" : les deux langues parlées en Belgique, le français et le flamand, ne sont pas sur le même pied d'égalité. Aussi, "on a vu, lors de la Première Guerre mondiale, sur le front, mais aussi dans le pays occupé, la naissance du mouvement nationaliste flamand anti-belge", analyse Bruno De Wever, invité de Matin Première ce vendredi.

"Le flamingantisme est né, disons, avec la Belgique, en 1830, et ce problème linguistique. Mais il est clair que la Première guerre mondiale a joué un rôle important dans la radicalisation du mouvement flamand."

Le flamingantisme sera aussi symbolisé, dès 1930, par le mémorial de Dixmude et le pèlerinage de l'Yser. Là où se trouvent des tombes des soldats flamands tombés pendant la Grande Guerre. Cette tour sur laquelle est inscrite un slogan bien connu du mouvement flamand : "AVV-VVK", abréviation de "Alles Voor Vlaanderen, Vlaanderen voor Kristus" (traduisez : "Tout pour la Flandre, la Flandre pour le Christ").

"En Flandre, cette tour est un signe de division entre radicaux et plus modérés, mais aussi une source de débat entre catholiques et non-catholiques. Ce n'est pas le symbole des Flamands", insiste Bruno De Wever.

"La N-VA s'est libérée des romantiques et des mythes du passé"

La N-VA participait, elle aussi, à ce pèlerinage de l'Yser, mais semble s'en être éloignée aujourd'hui, estime celui qui est aussi le frère de Bart De Wever.

"À mon étonnement, un parti comme la N-VA n'utilise pas l'histoire dans sa rhétorique politique. Ils sont plutôt tournés vers le futur et je ne vois pas la N-VA très présente autour de l'Yser", estime l'historien.

"Mon frère n'utilise pas la tour de l'Yser pour son discours politique pour le moment, poursuit-il. Je pense que la N-VA (…) s'est aujourd'hui libérée des romantiques et des mythes du passé."

Retrouvez d’autres contenus liés à la Grande Guerre sur le site dédié rtbf.be/1418.

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