"Wonderstruck" et "Faute d'amour": à Cannes, deux grands cinéastes abordent l'enfance

C’est le début de la compétition avec les nouveaux films de l’Américain Todd Haynes et du Russe Andrey Zvyagintsev. Le premier avait dû se contenter d’un prix de consolation pour son magnifique " Carol " il y a deux ans (prix d’interprétation pour Rooney Mara, ex aequo avec Emmanuelle Bercot) et le second était reparti en 2015 avec le prix du scénario pour "Léviathan". Ils sont de retour aujourd’hui sur la Croisette, le premier avec " Wonderstruck ", le second avec "Faute d’amour".

Wonderstruck

Le film entremêle deux histoires à des époques différentes. Il y a d’abord, en 1927, celle de Rose, une fillette sourde-muette qui fugue de la maison de son père pour se rendre à New York dans l’espoir d’approcher son idole, une star du cinéma muet. Et il y a, cinquante ans plus tard, celle de Ben, un jeune garçon qui a perdu sa mère, qui vient d’être frappé de surdité suite à un accident et qui se rend, lui aussi, à Manhattan, pour tenter d’y retrouver son père qu’il n’a jamais connu. Le premier point commun entre ces deux parcours ? Rose et Ben vont tous les deux tomber sous le charme de l’ambiance du Musée d’Histoire naturelle, et y faire des découvertes fructueuses…

"Wonderstruck" est un scénario de Brian Selznick, l’auteur de "Hugo Cabret" adapté au cinéma par Scorsese. Todd Haynes, grand esthète devant l’Eternel, a visiblement raffolé de ce scénario. Pas seulement parce qu’il traite de l’imaginaire enfantin, un univers qu’il n’avait pas encore abordé dans sa carrière. Mais aussi parce que le double récit de Selznick lui permettait de jouer avec les codes-mêmes du cinéma. Haynes a filmé la première intrigue en noir et blanc, à la manière du cinéma muet de l’époque, avec une partition originale magnifique de Carter Burwell (le compositeur attitré des frères Coën). Pour la seconde, il a retrouvé les tonalités de couleur des films américains des seventies…

Le résultat est un très bel objet de cinéma, peut-être un peu trop long en regard de son intrigue en définitive assez ténue ; "Wonderstruck" aurait gagné à être plus ramassé pour convaincre totalement. Mais il contient des trouvailles très poétiques et mérite amplement sa place en compétition.

Faute d’amour

Aliocha, un petit garçon de douze ans, assiste impuissant au divorce de ses parents. Ceux-ci s’écharpent pour vendre l’appartement familial, pressés d’entamer leur nouvelle vie avec leur nouveau partenaire. Dans leurs projets, Aliocha est laissé pour compte ; ni sa mère ni son père ne veut en avoir la charge… Et lorsque le garçon disparaît, tout bascule : ses parents sont bien forcés de sortir de leur égoïsme pour partir à sa recherche.

Qu’on ne s’y trompe pas : "Faute d’amour" n’est pas un polar. Ce qui intéresse Zvyagintsev, bien plus que la résolution de l’énigme de la disparition du gamin, c’est de scruter au scalpel la descente aux enfers des parents, rongés par la culpabilité de ne pas s’être soucié du sort d’Aliocha plus tôt…

Avec un style réaliste faussement simple, mais qui témoigne en fait d’une maîtrise impressionnante, le cinéaste russe signe avec "Faute d’amour" un drame glaçant, empreint d’un sous-texte d’un pessimisme noir sur le "Russian way of life" d’aujourd’hui. Grâce à lui, cette compétition démarre en force.

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