Wallons-Flamands, régner pour diviser

Wallons-Flamands, régner pour diviser
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Quand les politologues se penchent sur les motivations des électeurs, ils se rendent compte que Flamands et Wallons ne sont pas si éloignés que ça. "Tout considéré, les différences entre Flamands et Wallons en termes de valeurs politiques peuvent être considérées comme limitées.” C’est la grande conclusion d’une étude réalisée par un consortium de politologues issus du nord et du sud du pays. Ils ont interrogé des milliers d’électeurs. Ils ont essayé de savoir, non pas ce qu’ils votaient, ça, on le sait déjà, mais ce qu’ils pensaient. Flamands et Wallons (Bruxelles n’a pas été étudiée) sommes en réalité beaucoup plus en phase sur la plupart de sujets que ce que dit le résultat des élections.

Veuillez noter de 0 à 10…

Prenons un exemple. On demande aux sondés de noter entre 0 et 10 leur réponse à la question "Certains pensent que les immigrés non-occidentaux doivent pouvoir vivre en Europe tout en conservant leur culture d’origine. D’autres pensent que ces immigrés doivent s’adapter à la culture européenne. Pouvez-vous situer votre opinion sur une échelle allant de 0 à 10, où 0 signifie que les immigrés non-occidentaux doivent pouvoir conserver leur culture d’origine et où 10 signifie qu’ils doivent s’adapter à la culture européenne ?" Les Flamands répondent 7,17. C’est-à-dire adapter. Les Wallons répondent 7,27. Un résultat très proche.

Les politologues ont aussi posé des questions dont la réponse est oui ou non comme "Faut-il taxer les grandes fortunes ?" 80% des Flamands disent oui, comme 83% des Wallons.

Il y a peu de différences, mais…

Par exemple sur le maintien des centrales nucléaires les deux veulent les prolonger, mais il y a 10% d’écart sur le maintien ou non de la date des soldes, sur la parité homme femme au gouvernement ou sur les conditions d’octroi de la nationalité belge. Des différences mais pas de franche divergence. Là où on en trouve le plus, ce n’est pas tellement sur les réponses à des problèmes que sur quels problèmes nous jugeons importants ou pas. Par exemple, l’immigration est pointée par les Flamands comme la priorité numéro 1 alors que les Wallons ne la citent qu’en 5e position derrière l’emploi ou l’environnement. Cette divergence ne se retrouve pas par contre sur la réforme de l’Etat. C’est un thème important pour seulement 4% des Wallons et 6% des Flamands qui ont pourtant envoyé 43 députés séparatistes au Parlement fédéral, 1 sur 2.

Votons-nous différemment de ce que nous pensons ?

La mécanique électorale est une mécanique polarisante. C’est ce qu’on peut déduire de cette étude. Autrement dit, les Flamands votent plus à droite que ce qu’ils pensent et les Wallons votent plus à gauche que ce qu’ils pensent. Comment expliquer cela sinon par la logique même du système électoral (confédéral dans les faits) où l’électeur wallon qui pense de centre gauche se dit que vu les compromis qu’il faudra faire avec une Flandre très à droite a intérêt à voter très à gauche. L’inverse est tout aussi vrai. L’électeur flamand qui pense centre droit se dit que face à une Wallonie très à gauche, le meilleur moyen d’obtenir ce qu’il veut est de voter très à droite. Stratégiquement, c’est tout à fait logique. Sauf que nous sommes plus proches que ce que nous croyons.

On serait tenté de penser que c’est le système fédéral actuel qui divise l’opinion publique, alors que nous constituons un corps électoral relativement homogène. On serait tenté de dire que les partis règnent pour diviser. C’est plus compliqué que ça. Ce serait oublier que certaines divergences comptent plus que d’autres. Que ce qui nous différencie d’un point de vue culturel ou identitaire pèse de plus en plus dans la détermination du vote. Plus que ce qui nous réunit sur les pensions ou les centrales nucléaires.

Reste néanmoins ce constat. Ou plutôt cette interrogation. Après avoir nié nos différences culturelles et politiques, le système unitaire a dû céder la place à un régime fédéral. C’est en bonne partie l’opinion publique, la société civile, la rue comme lors du Walen Buiten de 1968, qui a largement imposé aux partis la division qui existait dans la société. Aujourd’hui c’est beaucoup plus compliqué. On voit que c’est en partie l’inverse. Comme si le grand balancier de l’histoire hésitait.

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