Wallonie : des inondations désormais politiques et judiciaires

La catastrophe naturelle (?) prend désormais à la fois un tour politique et judiciaire. En Wallonie, une enquête est désormais ouverte pour " homicide involontaire, par défaut de prévoyance ou de précaution ".

Un juge d’instruction se charge désormais d’établir les responsabilités éventuelles des uns et des autres. 41 morts, des vies brisées et des dégâts matériels jamais vu depuis la bataille des Ardennes, attendent des explications. A tout le moins.

Enquête judiciaire

La mise à l’instruction des inondations des 14 et 15 juillet et de leurs conséquences risque de marquer les prochains mois et au-delà.

Selon le parquet de Liège, cette enquête entend marquer le " désir de garantir la sérénité, l’objectivité et l’indépendance avec laquelle la recherche de la vérité pourra être menée, dans le respect de la mémoire des victimes et de leurs proches ". La démarche est sans doute aussi inédite que la catastrophe elle-même.

Les devoirs d’enquête vont se multiplier. Jusqu’où le juge d’instruction souhaitera-t-il remonter ? Les causes apparaissent déjà comme multifactorielles. Cela peut aller d’une simple ventelle malencontreusement fermée au réchauffement climatique ou à l’urbanisation sauvage et aux détournements de cours d’eau dès le début de l’industrialisation au XIXème siècle. Dans l’espace et dans le temps, le champ d’investigation est considérable.

Dans le même temps, l’opposition au Parlement Wallon souhaite rapidement la mise sur pied d’une Commission Parlementaire d’enquête. La majorité PS-MR-ECOLO ne pourra s’y soustraire. Toutefois, l’existence-même d’une enquête judiciaire pourrait réduire les ambitions d’une commission parlementaire, qui ne peut venir entraver ou perturber le travail de la Justice.

Enquête politique

Une partie de la Wallonie panse ses plaies, compte ses morts, la solidarité s’exprime jour après jour. La reconstruction et le relogement s’annoncent problématiques, au point de se poser la question de savoir s’il ne faudra pas dresser des " camps de réfugiés " aux portes de Pepinster, Esneux ou Verviers pour reloger avant l’hiver les très nombreux sinistrés.

Mais l’heure vient aussi d’établir si " tout cela " n’aurait pu être partiellement évité. C’est le sens de la démarche du parquet de Liège.

Le politique devra également s’interroger sur son action et ses modes de fonctionnement. Sur le passé et pour l’avenir. N’est-ce pas l’occasion de repenser l'aménagement d'une autre Wallonie, de redéfinir les territoires ?

L’éclatement des responsabilités n’a-t-il pas freiné les prises de décision ? Le laisser-faire en matière de construction, de délivrance de permis n’a-t-il pas contribué à amplifier le phénomène ? etc.

Gouverner c’est prévoir. Tout avait-il été prévu ?

La dimension historique de la catastrophe, seule, n’explique pas tout.

 

@PhWalkowiak

 

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