Voile politique ou politique voilée

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La Belgique politique se trouve généralement gênée aux entournures avec le fait religieux. Sans doute, est-ce dû à la naissance même de ce Pays, fruit d’un accord historique entre catholiques et laïcs anticléricaux, en 1830. La Constitution en porte d’ailleurs toujours les traces comme régulièrement le débat politique. De la Guerre Scolaire au port du voile, de l’existence d’un ministre des Cultes à l’entourloupette constitutionnelle due aux états d’âme religieux d’un chef de l’État, politique et religion conservent chez nous des relations paradoxales.

Voile variable

Dernier débat du genre : le port du voile autorisé dorénavant dans les établissements de l’enseignement supérieur gérés par Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE), ce qu’on appelait dans le temps les "écoles de l’Etat". Ce nouvel organisme, créé dans un souci de respect constitutionnel, jouit désormais d’une indépendance par rapport à l’autorité de tutelle. WBE est donc devenu un Pouvoir Organisateur "comme les autres" (libre catholique, provinces, communes, etc.).

Réjouissements d’un côté, tollé de l’autre, silence gêné ailleurs. Depuis 30 ans, la question divise et les formations politiques ont généralement sur ce sujet, quelques difficultés à se faire… une religion. Au sein des partis, les points de vue évoluent même dans le temps et en fonction aussi des implantations géographiques.

Il est vrai que les règlements dans les écoles ou universités fluctuent. Dans le libre catholique supérieur, comme d’ailleurs à l’ULB ou même à l’ULiège ou UMons (liées directement à la FWB), le port de ce voile est devenu progressivement autorisé.

Le politique s’en mêle, au nom de…

A l’unanimité de son Conseil d’Administration (composé proportionnellement des représentants choisis par le Parlement de la FWB), WBE a donc décidé d’une règle unique pour ses établissements supérieurs.

Il n’en fallait pas plus pour que MR et Ecolo, par réseaux sociaux interposés se bouffent le nez ce week-end.

Il est vrai que pendant (trop ?) longtemps, les partis ont évité de se positionner clairement sur le sujet, préférant généralement se réfugier derrière l’autonomie des établissements scolaires. Cela évitait généralement de délicats arbitrages internes, comme vu au sein du Parti Socialiste ou du cdH époque Milquet. Actuellement, au PS, le dossier reste sensible tant au sein de la Fédération bruxelloise qu’entre Wallons et Bruxellois du parti. Chez Ecolo, également, les "Bruxellois" apparaissent plus en pointe sur le port des signes convictionnels, y compris pour des dépositaires de l’autorité publique, qu’en Wallonie.

Le sud du pays vit également au rythme des tensions suscitées sur ce débat dans l’Hexagone voisin. Au nord, la pression du Belang sur la question se fait sentir.

Entre émancipation et protection des convictions, difficile de trancher. Surtout quand on y ajoute un prisme politique.

Le MR a fait savoir qu’il s’opposait à la décision de permettre le port du voile dans le supérieur géré par WBE. C’est légitime même s’il est le seul. Mais que faire des universités officielles qui l’autorisent ? Du ministre-président, de la ministre de l’enseignement qui suit le dossier, des administrateurs désignés par le MR qui ont approuvé la décision ? Voire de ce qu’en disait le chef de file libéral montois en 2012, personnellement en faveur de l’autorisation du port du voile ?

Georges-Louis Bouchez a le mérite de la clarté, pourrait-on objecter. Même si cette sortie ne devrait rien changer.

Mais plus globalement, de petites lâchetés en vagues compromissions, par électoralisme le plus souvent, dans un sens ou dans l’autre, notre classe politique, empêtrée dans ses contradictions, évite le débat de fond sur ce sujet de société. Faute d’avoir été pris à temps, une avancée sereine et constructive sur la question paraît désormais impossible.

 

@PhWalkowiak

 

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