"Victoria and Abdul", impériale Judi Dench

"Victoria and Abdul", impériale Judi Dench
"Victoria and Abdul", impériale Judi Dench - © Tous droits réservés

Il y a vingt ans, l’actrice anglaise Judi Dench incarnait la reine Victoria dans " Mrs Brown " de John Madden. Aujourd’hui, elle reprend le rôle de la célèbre monarque dans " Victoria and Abdul " (" Confident Royal ") de Stephen Frears.

Victoria and Abdul

Grande-Bretagne, fin du XIXème Siècle. La reine Victoria, après plus de 60 ans de règne, n’a plus de goût à grand-chose. C’est alors que survient dans sa vie une rencontre inattendue : Abdul Karim, serviteur venu des Indes lointaines pour lui remettre un présent solennel. Entre la vieille reine et le jeune Indien, le courant passe. A un point tel que Victoria décide de faire d’Abdul un membre de sa garde rapprochée, avec qui elle va s’initier aux mystères de la culture indienne…

Cette complicité surprenante avait été effacée des archives royales, ce n’est qu’il y a quelques années qu’elle fut découverte grâce aux descendants d’Abdul Karim. A partir de ces faits historiques, le scénariste Lee Hall (" Billy Elliot ") a laissé vagabonder son imagination… Et Stephen Frears en a fait le sujet de son nouveau film.

Ces dernières années, le cinéaste anglais filme régulièrement des destins féminins authentiques : "The Queen", "Philomena", "Florence Foster Jenkins"… Les sujets diffèrent, mais le ton est identique : un subtil mélange de tendresse et d’ironie. Ce qui intéresse Frears dans "Victoria and Abdu ", c’est d’abord la relation presque filiale qui s’installe entre la reine et son serviteur – filmée avec tendresse - mais aussi le chambardement que cela provoque au sein de la cour et de son entourage, si attaché au protocole et aux privilèges – dépeint avec ironie.

a mise en scène est d’une maîtrise et d’une fluidité impressionnantes : la scène de banquet qui ouvre le film est une véritable leçon. Frears filme les regards, les soupirs, les non-dits avec une intelligence délicieuse. Quant à Judi Dench, elle prouve — si besoin en était — que son charisme, à 82 ans, rayonne plus que jamais. Avec des artistes moins doués, "Victoria et Abdul" ne serait qu’un pâle mélodrame anecdotique. Mais avec Frears et Dench, le film s’impose comme une magnifique tragicomédie sur un étonnant choc des cultures.

Que Dieu nous pardonne

Madrid, été 2011. La chaleur est suffocante, et la police est sur les dents : la visite du pape Benoît XVI est imminente, et les manifestations des Indignés se multiplient. C’est dans ce contexte tendu qu’on découvre les agissements d’un insaisissable serial killer, qui viole et tue des vieilles femmes seules. Quel pervers peut donc violer des honorables veuves ? Deux inspecteurs mènent l’enquête : le premier, Alfaro, est dans le collimateur de ses supérieurs car il n’arrive pas à contrôler ses excès de violence, le second, Velarde, est bègue et introverti. Ce duo mal assorti est bien obligé de s’accorder s’il veut être opérationnel…

Après "La Isla minima", le cinéma espagnol propose un nouveau polar efficace. Le réalisateur Rodrigo Sorogoyen revisite tous les clichés du genre avec un talent manifeste. D’abord, le choix du contexte, ce fameux été 2011, crée une ambiance lourde à souhait. Ensuite, le casting : le tandem de flics, passage obligé du genre, est bien campé par Antonio de la Torre (dont la dégaine évoque un peu celle du Dustin Hoffman des années 70) et Roberto Alamo. Enfin, le scénario ménage quelques surprises non négligeables. Bref, si " Que Dieu nous pardonne " ne révolutionne pas le genre, il n’en demeure pas moins prenant de bout en bout.

Good Time

Connie, brave petit gars du Queens, veut offrir un avenir meilleur à son frère Nick, qui souffre d’un retard mental. Pour ce faire, il monte un hold-up, dans le but de profiter du butin pour partir vers d’autres latitudes. Mais l’affaire tourne mal : Nick est arrêté par la police. Connie a deux solutions : soit trouver dare-dare le montant pour payer sa caution, soit le faire libérer par des moyens moins orthodoxes… Commence alors pour Connie une course contre la montre dans la nuit new-yorkaise.

Connie, c’est Robert Pattinson. Le jeune acteur britannique, devenu l’idole des adolescentes à cause de la saga "Twilight", au lieu d’embrasser une confortable carrière de jeune premier hollywoodien, a remis son ouvrage sur le métier et veut gagner ses galons d’acteur crédible. Après plusieurs films avec David Cronenberg ("Cosmopolis", "Map to the stars"), Pattinson tient donc le premier rôle de ce polar, tandis que Ben Safdie (coréalisateur du film avec son frère Joshua) campe Nick. Et il ne démérite pas, effaçant son accent britannique pour se glisser dans la peau de Connie.

"Good time" était en compétition au Festival de Cannes, sans doute pour pallier l’absence criante de grand film américain dans la sélection. C’était un mauvais service à rendre au film, car ce polar nocturne détonnait un peu au milieu des films d’auteur. Cela étant, les frères Safdie ne sont pas à négliger pour autant ; certes, ils s’inspirent sans doute un peu trop des films new yorkais des années 70 (ceux de Sydney Lumet et de Martin Scorsese) mais " Good Time " ne sombre pas pour autant dans le pastiche. Tant Pattinson que les Safdie restent des talents à suivre.

Petit Paysan

Pierre, la trentaine, a repris la ferme familiale et vit grâce à son cheptel d’une trentaine de vaches laitières… Un jour, survient le grain de sable qui risque d’enrayer la machine : une de ses vaches a l’échine ensanglantée, elle va mourir d’un virus. Pierre sait ce qu’il risque : sa sœur vétérinaire va devoir signaler le cas aux autorités sanitaires, qui vont abattre tout son élevage par principe de précaution, pour enrayer l’éventualité d’une épidémie. Refusant cette solution radicale, Pierre va escamoter le cadavre de sa vache Ce faisant, il va devoir commencer à jouer à cache-cache avec tout son entourage… Mais jusqu’à quand ?

"Petit paysan" sent le vécu. Hubert Charuel a grandi dans ce milieu et dépeint la dure réalité des agriculteurs aujourd’hui. Mais au lieu de livrer une grande fresque " à message " sur le drame de la vache folle, il dépeint avec modestie un destin individuel, celui de ce Pierre jusqu’au-boutiste. Cette modestie s’avère payante : en choisissant cet angle intimiste, il parvient sans peine à concerner et émouvoir le spectateur. Swann Arlaud et Sara Giraudeau sont irréprochables, et on notera la présence brève mais tout aussi impeccable de Bouli Lanners.

Knock

Au départ, il y a la pièce de Jules Romains datant de 1923, rendue célèbre par l’interprétation de l’immense Louis Jouvet, et cette réplique-culte : "Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ?" Le Dr Knock ou le portrait d’un imposteur doué pour les affaires qui débarque dans un village de la France profonde, et qui parvient à convaincre ses habitants que dans "chaque homme en bonne santé, il y a un malade qui sommeille". A la fois satire de la dimension commerciale de la médecine et comédie sur la crédulité de l’être humain, "Knock" a hélas assez vieilli.

Pour lui donner un coup de jeune, Lorraine Levy déplace l’action de la pièce dans la France des années 50. C’est bien simple, en ce qui concerne la reconstitution d’époque, on se croirait dans la publicité "Rue Gamma" pour la lessive du même nom : aucune image d’Epinal ne manque à l’appel. Mais ce n’est pas le défaut le plus agaçant de l’entreprise. Ce qui est insupportable, c’est la manière dont la réalisatrice déforme le propos de Romains en l’édulcorant : son Knock, incarné par le "si sympa" Omar Sy, n’est plus un charlatan cynique, mais juste un ancien voyou qui cherche à gagner un statut plus respectable… Toute la charge corrosive de la pièce s’évanouit au profit d’une comédie familiale qui suinte la guimauve. Non seulement ce "Knock" est un navet, mais c’est aussi un des projets les plus absurdes du cinéma français de 2017.

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