Vers le déconfinement de la crise politique

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Au plus Ce Pays va progressivement retourner à la normale, au plus il va immanquablement retrouver la crise politique que la pandémie a strictement confinée.

Le coronavirus a donné à la Belgique un gouvernement fédéral, le recul de l’épidémie risque bien de lui reprendre. Le retour à la normale s’accompagne du retour de la crise politique.

Une parenthèse

La mise en place du gouvernement Wilmès 2 restera liée aux circonstances exceptionnelles.

Le 17 mars, ce gouvernement qui ne représente que 38 députés sur 150, prêtait serment, avec l’appui 48 heures plus tard de la quasi-totalité des parlementaires. Le roi Philippe pouvait souffler : 452 jours après avoir accepté la démission du gouvernement Michel, la Belgique disposait d’un nouveau gouvernement " officiellement " de plein exercice. Même si ce dernier reste un leurre, réanimé pour prendre à pleines mains les implications de la pandémie. Et rien que cela.

Il est donc assez logique qu’une fois les conséquences de la pandémie deviennent moins prégnantes, l’on revienne au point de départ. Tout aussi logique de voir le principal détracteur de ce gouvernement provisoire, la N-VA ouvrir la contestation.

Les jours du gouvernement Wilmès 2 seraient-ils dès lors comptés ? Si c’est le cas, quelle sera la suite ?

On déconfine la crise politique !

Un peu comme l’avenir social ou économique, se pose également la question de la situation politique dans une Belgique post-coronavirus. La pandémie n’a fait que suspendre la crise politique. Un jour ou l’autre, il faudra bel et bien réexaminer la légitimité démocratique du gouvernement en place, sans programme, sans budget, sans soutien politique.

La N-VA a déjà ouvert la contestation, n’envisage pas forcément de prolonger des pouvoirs spéciaux qu’elle a accordés à un gouvernement auquel elle a refusé la confiance.

Premier test : le renouvellement de ces pouvoirs spéciaux pour trois mois après le 27 juin. La tentation de passer confortablement l’été risque d’être la plus forte.

Au MR, Georges-Louis Bouchez freine comme il peut. Dame ! Le MR compte 14 députés à la Chambre pour 7 ministres au fédéral et la famille libérale dénombre 11 ministres sur les 14. Un ratio jamais vu depuis 60 ans ! Priorité à la seule gestion de la crise sanitaire.

Y aura-t-il pour autant un nouveau gouvernement ? A un moment, il faudra bien reprendre les discussions politiques là où elles ont été laissées. C’est-à-dire nulle part.

La Belgique demeure sans budget pour 2019 et pour 2020. Et pour 2021 ? Le déficit s’annonce aussi apocalyptique qu’abyssal : la Banque Nationale comme le Bureau du Plan estime que cette crise coûtera 45 milliards € au pays. La dette belge va exploser à 115% du PIB (100% en 2019). Le déficit du budget de l’État se creusera à 30 milliards € cette année.

Qui va vouloir gérer cela ? Quels seront les arbitrages budgétaires ? Quelles options choisir ? Quelles voies budgétaires privilégier ? Tout en tenant du défi climatique, de la sortie du nucléaire, etc.

Former un gouvernement crédible dans cet environnement relève de la gageure.

Le confinement a congelé le marasme politique ; avec le déconfinement, la crise politique et institutionnelle reviendra inexorablement.

 

 

@PhWalkowiak