Union européenne: un parfum de "criseke" permanente

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Bon sang mais quel gâchis cette histoire de Canada et de Wallonie. A croire que l’Union européenne aime se prélasser dans une ambiance de crise permanente. Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête du président du Conseil européen Donald Tusk quand il a affirmé que si l’accord n’était pas signé, ce pourrait signifier la fin de l’Union ? A quoi rêvait le Premier ministre canadien quand il se demandait à quoi servait l’Union si elle ne signait pas cet accord ? Tout cela parce qu’une région réclamait quelques garanties ?

Mais le grand péril de l’Union, ce n’est pas que des parlements - régionaux ou nationaux, grands ou petits -, veuillent s’immiscer dans la prise de décision européenne. Non, visiblement le grand péril, c’est de voir l’Union vaciller quand cela arrive. Depuis le début de cette crisounette, Paul Magnette répète que lui est favorable à cet accord de libre-échange mais qu’il souhaite des éclaircissements et des encadrements.

Ce n’est pas une surprise, le parlement wallon a averti depuis plus d’un an, le gouvernement fédéral était prévenu et la Commissaire européenne chargée du dossier a même été envoyée à Namur il y a quelques mois pour tenter de déminer le terrain. Nous voilà donc face à un politique qui dit : "Je suis d’accord avec vous moyennant quelques aménagements" et immédiatement dans l’Union, certains le traitent d’ultra-gauchiste, de fossoyeur de l’Union, et de la Belgique puisque dans ce pays, dès que les Wallons ne sont pas d’accord avec les Flamands, ils tuent le pays. Et ce politique se réveille un matin déguisé en chevalier blanc défendant le peuple contre l’élite bruxelloise. Ce qu’il n’est pas bien sûr, puisque ce même chevalier blanc, on le savait, finirait par dire oui sans obtenir l’ensemble de ce qu’il demandait, c’est la règle quand on négocie.

Tout ça pour ça

La question que tout le monde se pose concerne les traces que tout cela laissera. Eh bien, le report du sommet avec le Canada, que l’on nous annonçait comme la fin du monde, ne laissera aucune trace. Rien du tout. En revanche, la crise intra-européenne en laissera davantage. Quand on entend Guy Verhofstadt dire "Bah puisque l’approbation par les 28 États membres pose un souci, oublions cette approbation unanime", on se demande si ce sont les mêmes qui nous tiennent de longs discours sur la nécessité de lutter contre le populisme et l’extrême droite.

Bien sûr l’unanimité pose un réel souci dans cette Union, mais si certains veulent la supprimer, il faut la supprimer partout. Or, chaque État membre a une bonne raison de militer pour l’unanimité dans l’un ou l’autre domaine. Et puis, sacrifier cette unanimité sans mettre en place une nouvelle méthode d’écoute, d’explication, de contrôle démocratique ne résoudra rien. Les citoyens s’en souviendront lors des prochaines élections nationales ou européennes.

Tout se passe finalement comme si l’Union hurlait sur ces citoyens "Mais tu vas m’aimer espèce de crétin ? Tu vas cesser d’avoir peur, abruti ?", reconnaissons qu’il existe sans doute des méthodes plus efficaces.

Vendre de tels traités de libre-échange en se contentant de dire que ça rapportera en moyenne X centaines d’euros par famille européenne, ça ne marche pas. Parce que les gens ne sont pas des moyennes. Ils savent que ces accords vont avoir une influence sur leur vie. En ne leur expliquant pas davantage encore laquelle, en ne leur disant pas ce qui est prévu pour limiter ou compenser les effets négatifs, on se retrouve avec des citoyens européens qui dès qu’ils entendent le mot "Commission" ou "échanges commerciaux" freinent des quatre fers.

Jean-Claude Juncker évoque souvent sa Commission comme celle de la dernière chance. Il y a une semaine, on avait un peu l’impression que la Commission venait de la laisser passer, cette dernière chance.

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