Une promesse reste une promesse, surtout électorale

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Tout est parti d’une passe d’armes lors de la campagne électorale de … 2014 : experts et opposants au MR critiquaient le chiffre du projet de réforme fiscale des libéraux francophones et pour sortir de ces querelles, on a voté dans la précipitation une loi qui demande au Bureau du Plan de chiffrer les programmes des uns et des autres … pour la prochaine campagne. Nous y voilà… mais à la différence des Pays-Bas où la pratique est courante, l’exercice complet semblait trop ardu pour les experts, faute de temps, de moyens ou de données fiables.

Des limites

Les partis se sont donc soumis à l’analyse mais celle-ci demeure réduite et très encadrée. Les partis disposaient du loisir de choisir les mesures à soumettre à l’analyse, de les retirer si le verdict du Bureau du Plan ne leur convenait pas et le Bureau du Plan pouvait refuser d’évaluer certaines mesures, faute de moyens ou de données nécessaires. Ce fut le cas des mesures d’imposition des grosses fortunes ou de celles liés au coût de la pollution, impossible à chiffer précisément.

On a donc affaire à une analyse partielle des programmes mais aussi partiales dans la mesure où chacun pouvait choisir ce qui lui convenait.

Un bilan

L’étude a tout d’abord le mérite d’exister et éclaire la campagne sous un jour nouveau. L’exercice est digne d’être renouvelé et affiné, même en dehors des campagnes électorales, où chacun finit par proclamer que ses mesures sont forcément les meilleures… ce que ne disent pas vraiment les chiffres une fois qu’on les regarde de plus près !

Pratiquement tous les partis ne sont pas embarrassés du cadre budgétaire où c’est finalement ECOLO qui en a le plus tenu compte, mais en ne créant pas d’emplois. Pour les autres, c’est souvent un peu " on rase gratis ".

Cela renvoie aussi la promesse électorale à ce qu’elle est : un engagement qu’on n’est pas sûr de pouvoir tenir, effectué dans une période où un parti essaye avant tout d’attirer des électeurs.

En 2010, le PS (et ses alliés) n’avaient pas promis de limiter les allocations de chômage dans le temps plus sévèrement ; en 2014, le MR (et ses alliés) n’avaient pas promis la pension à 67 ans, un saut d’index et la hausse de la TVA sur l’électricité ! Le " tax shift " devait (promis, juré !) être financé par l’effet retour. Il laisse une facture de près de huit milliards, mais il a contribué à créer de l’emploi.

Le Bureau du Plan le souligne : aucun parti ne respecte le cadre budgétaire et c’est pourtant ce qu’ils feront après le 26 mai, notamment après avoir dû négocier un programme avec d’autres formations, d’autres promesses. Et à ce jeu, l’une annule souvent l’autre. De quoi renoncer à ses promesses, suivre une autre voie et creuser un plus le fossé de méfiance entre politiques et citoyens.

 

@PhWalkowiak

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