Et maintenant, le plan à trois…

On dira ce qu’on voudra de l’initiative socialiste — on parlait hier de cache-misère —, elle a au moins réussi à débloquer un peu la situation. Ouvrir un peu les possibles. Un gouvernement minoritaire est désormais une piste parmi d’autres. La piste numéro un même. Plus précisément encore, la piste privilégiée aujourd’hui, c’est de ne plus penser nouveau gouvernement, mais extension du gouvernement actuel.

Voilà qui place les présidents du VLD du MR et du CD&V dans une position centrale, qu’ils comptent bien exploiter au maximum. C’est l’idée d’un plan à trois.

Refus poli

Premier geste des trois, refuser poliment la proposition socialiste. "Ils prennent acte", disent-ils dans un communiqué. La piste socialiste n’est "pas privilégiée" (pas nulle donc, pas rejetée, juste "pas privilégiée") et ils s’en vont trouver des partenaires à la coalition actuelle pour "dégager une majorité parlementaire".

Bref, ils n’enterrent pas l’idée d’un gouvernement minoritaire, éventuellement avec les socialistes, mais ils croient encore à une majorité.

Plus d’un an de palabres n’a donc pas suffi. C’est assez dur à croire. On peut se poser la question très légitimement : mais pourquoi s’acharner à trouver une majorité introuvable ?

Bassesse ?

Première explication. Celle de la bassesse. Ces trois présidents-là ne voulaient pas voir réussir Paul Magnette. Il s’agit de s’attribuer le mérite d’une sortie de crise et de se profiler comme le pivot incontournable contre la famille socialiste. Refuser la proposition socialiste pour mieux l’accepter après. Pour ne pas leur donner raison et pousser au maximum leur avantage.

Hold-Up ?

Deuxième explication. Celle du hold-up. L’idée minoritaire est tellement bonne qu’il faut la voler aux socialistes et négocier un gouvernement minoritaire avec la N-VA, un retour de la Suédoise. C’est possible évidemment, même si on ne voit pas pourquoi Georges Louis Bouchez accepterait de s’isoler à nouveau comme Charles Michel l’a fait. Pourquoi s’embarquer dans une telle galère ? On peut essayer de l’élargir aux 5 sièges du cdH qui s’est montré disponible hier aux socialistes. Mais la question est la même, pourquoi le cdH s’embarquerait-il dans une telle galère ?

Coup d’État permanent ?

Il y a malheureusement une troisième explication possible. Celle du coup d’état permanent. Pourquoi s’acharner en effet ? Pourquoi encore perdre du temps en pleine urgence sociale et économique ? Peut-être pour écrire le plan de relance à trois et mettre les autres partis devant le fait accompli ?

Pire, peut-être que l’idée est de tirer en longueur le plan à trois jusqu’au mois de septembre, jusqu’à ce fameux vote de confiance. Il n’est pas du tout stupide de penser que la peur des élections tétanise suffisamment de partis, PS et N-VA en tête, pour que le radeau de la méduse, ce gouvernement ultra-minoritaire de 38 sièges, surnage encore. Le plan à trois. Pendant des années…

Cette dernière piste est tellement une insulte à nos standards démocratiques que je n’ose imaginer qu’elle ait pu germer dans l’esprit d’un des trois présidents. Je vous la donne à titre conservatoire. On retiendra donc les deux premières explications.

Donner raison aux socialistes sans avoir l’air de leur donner raison. Ce sera la réussite d’un échec.

Ou reprendre leur bonne idée et l’offrir à d’autres prétendants. Ce sera l’échec d’une réussite.