Une Belgique éparpillée, façon puzzle

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Comme à chaque évènement tragique qui affecte la Belgique (Heysel, Dutroux, Rwanda, tueries du Brabant, etc) il est de bon ton chez nous de créer une commission d’enquête parlementaire et de vouloir revoir les institutions. Nouvelle tentative ce vendredi.

On notera au passage que plus personne ne se souvient des conclusions des commissions parlementaires et on fera également remarquer qu’en France, où plusieurs attentats majeurs ont eu lieu en 2015, personne n’a souhaité voir le ministre de l’Intérieur démissionner ni même mis en cause la Police et la Justice ; on y aurait même eu plutôt tendance à chercher les responsables à l’extérieur, en Belgique notamment.

Les juges ou policiers frrrrrrançais ne sauraient faillir, monsieur !!! Non, mais !!

Remise en cause

Curieusement peut-être, c’est plus en Flandre qu’au sud du pays que s’élèvent des voix pour demander une réorganisation des institutions et même horresco referens, la réfédéralisation de certaines compétences. Cela provient aussi bien de certains milieux politiques que de grands patrons.

Au VLD et chez Groen, on songe à revoir la répartition des compétences alors que ces deux formations ont notamment souscrit à la dernière réforme de l’état, qui a encore plus éparpillé façon puzzle les compétences entre les niveaux de pouvoir.

Côté patronal, c’est Johnny Thijs, l’ex-CEO de bPost et patron préféré de la N-VA, qui parmi d’autres en appelle à ce que la classe politique se ressaisisse. "Ce pays est devenu ingérable", proclament-ils en chœur.

Ces patrons flamands devraient être entendus puisque la coalition fédérale en place est celle qu’ils ont appelée de leurs vœux. A voir…

L’impossible marche arrière

Cela fait des années que ce débat est engagé et il revient après chaque réforme de l’Etat ou après des événements dramatiques. C’est propre à la Belgique.

Pourtant, avec les derniers attentats, ce sont pourtant les institutions les moins touchées par le fédéralisme (la Justice, la police voire l’armée) qui se retrouvent en première ligne.

Les moyens affectés aux enquêtes ou la libération conditionnelle des frères El Bakraoui sont du ressort fédéral, comme depuis 1831.

Bart De Wever a été le premier à communautariser linguistiquement le dossier, dénonçant les juges francophones bruxellois ou le PS et cdH. Tous génétiquement laxistes, à entendre le leader nationaliste.

Historiquement, c’est bien la Flandre qui a voulu (et obtenu) de détricoter l’Etat belge. Le fédéralisme d’aujourd’hui n’est que le compromis entre les exigences flamandes et les concessions francophones.

Malentendus congénitaux

Le fédéralisme belge a ceci de particulier qu’il se caractérise par un phénomène de "déconstruction". Là où en général des pays ou des régions s’associent pour "faire mieux ensemble", chez nous, les partenaires se dissocient, espérant "faire mieux seul dans son coin".

La Belgique fédérale actuelle souffre de trois défauts de conception originels, qui fait que le système deviendra de plus en plus difficile à faire fonctionner :

  • Le modèle s’est développé sans que l’on ne choisisse entre un fédéralisme centré sur les communautés (l’option flamande) et un fédéralisme basé sur les régions (option wallonne et ensuite également bruxelloise) ; tant qu’il y avait peu de compétences à répartir, cela n’était pas trop grave, c’est à présent un handicap majeur
  • Il n’y pas de "hiérarchie des normes", en clair, il n’y pas de chef/Parlement/gouvernement qui tranchent in fine. Aucun gouvernement ne peut dicter sa conduite à un autre. Tout est censé se prendre "en concertation" mais rien n’est prévu en cas d’échec de cette concertation.
  • La Belgique est devenue la seule démocratie fédérale où il n’y a plus de partis nationaux, à la différence notamment de la Suisse ou du Canada. Chacun n’est donc responsable que vis-à-vis de "sa" partie de population.

Enchevêtrement

A cela, il faut ajouter qu’aucune matière/compétence n’est du ressort d’un seul Parlement/gouvernement. Même en matière d’Affaires Etrangères, de Justice, de Sécurité, Régions et Communautés ont leur part. A la Défense nationale, les unités sont globalement d’un seul régime linguistique et on ne touchera pas à une base en Flandre que si on n’agit de même en Wallonie (et inversement).

Désormais, les nationalistes constituent la première force politique du pays (sic) et il est illusoire d’imaginer qu’ils puissent contribuer à dé- régionaliser/communautariser certaines matières.

Le fédéralisme belge est irréversible et à sens unique, celui de l’éparpillement.

 

@PhWalkowiak

 

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