Un vélo pour une confédération

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

 

Une piste cyclable révélatrice d’un changement des réalités ? Bien plus sûrement qu’une réforme institutionnelle, en tout cas.

Le gouvernement bruxellois décide de réduire la circulation automobile rue de la Loi pour laisser plus de place aux vélos et c’est tout un petit monde politique qui s’émeut avec une ligne de fracture au sein même des partis, consacrant là même, la spécificité bruxelloise.

Bruxelles, capitale plus que virtuelle de la Flandre

Depuis la fixation de la frontière linguistique (1962), la Flandre se détache du cadre national (devenu fédéral) pour se constituer en état-région mais aussi de cette Bruxelles dont elle a fait sa capitale, un peu malgré elle. La réalité politique se devait de contraindre la réalité démographique voire démocratique. Bruxelles devenait la capitale de la Flandre sans même qu’on ne demande leur avis aux Bruxellois. Mais soit.

La " Flandre de Flandre " s’emploie alors pendant près de cinquante ans à séduire cette capitale qu’elle n’aime pourtant pas. On organise le déplacement des navetteurs des Flandres vers cette ville-région mais le soir venu, ceux-ci s’empressent de rentrer. Malgré des investissements massifs, notamment patrimoniaux ou culturels, la présence flamande dans la région bruxelloise ne fait que se réduire, l’enseignement néerlandophone y est fréquenté majoritairement par une population étrangère à la Flandre.

Mais Bruxelles, capitale de la Flandre doit demeurer un symbole intangible, même si le plus souvent les intérêts des " Flamands de Bruxelles " se gèrent à l’extérieur des 19 communes.

Bruxellois avant d’être flamand

Vu de Flandre, la région bruxelloise c’est une zone où les navetteurs viennent le matin et repartent le soir ; en Wallonie, beaucoup partagent également cette vision mais aucun politique wallon ne viendra se mêler de ce que les Bruxellois doivent (ou pas) faire. Sauf Georges-Louis Bouchez qui a toujours un avis sur tout, quitte cette fois à fragiliser un peu plus la position des libéraux à Bruxelles comme l’a notamment illustré le dernier scrutin communal.

La N-VA, via Theo Francken notamment, fait ce constat : L’écart entre Bruxelles et la Flandre ne cesse de s’élargir. Tôt ou tard, cela entraînera une cassure. Et de mettre en cause dans la foulée le financement de Bruxelles. D’ailleurs, dans la Flandre politique, quand on évoque la région bruxelloise, l’argent vient très vite dans l’argumentaire.

Mais si la ligne officielle nationaliste reste " Bruxelles reste notre capitale ", la N-VA constate que malgré les énormes moyens déployés, y compris vers un électorat francophone, elle n’a pas pu prendre pied dans la région-capitale. Horreur suprême pour elle : désormais, le premier parti flamand, y est… Groen ! La réflexion évolue. Bruxelles devient de plus en plus une affaire de Bruxellois. Cela traverse tous les partis. Au PS, par exemple, les tensions entre Bruxellois et Wallons se fixent sur le port du voile. Tout cela amène certains nationalistes à se poser la question de la présence flamande à Bruxelles, qui devient une entrave au confédéralisme tant désiré. La région bruxelloise constituera-t-elle une monnaie d’échange institutionnelle vers une Belgique à quatre régions ? Certains nationalistes en rêvent, cela aura un prix. La crise politique qui accompagnera immanquablement la fin de la crise sanitaire va faire renaître ce type de réflexion. Le confédéralisme reviendra sur la table. Quelques vélos supplémentaires dans le centre de Bruxelles n’en sont que le paisible prélude.

 

@PhWalkowiak

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