Un test de langue dès la 3e maternelle, une fausse bonne idée ?

De nombreuses études le démontrent : les enfants qui parlent à la maison une autre langue que celle pratiquée à l’école ont en moyenne plus de difficultés durant leur parcours scolaire. La Flandre veut remédier à ce problème en instaurant un test de néerlandais dès la troisième maternelle.

Le responsable N-VA Ben Weyts a visité lundi sa toute première école en tant que ministre flamand de l’Enseignement. Comme à son habitude, il a saisi l’occasion pour annoncer une nouvelle mesure. Celle-ci était déjà inscrite dans l’accord gouvernemental flamand, mais Ben Weyts a profité de sa présence dans une école de Vilvorde – qui compte 70% de non-néerlandophones – pour rappeler sa volonté de lancer le projet au plus vite. Un examen linguistique sera donc bientôt imposé à tous les petits écoliers âgés de 5 ans. L’objectif est de déterminer leur niveau de néerlandais vers les mois de février ou mars, soit peu avant leur entrée en primaires. Si leur niveau est suffisant, pas de souci… En revanche si les enfants échouent, ils devront – selon leur retard – suivre des cours supplémentaires, ou être transférés dans une classe spéciale qui les plongeraient dans un ‘bain linguistique’. Pour Ben Weyts, l’idée est d’intervenir le plus rapidement possible dans le but de rétablir une égalité des chances entre tous les élèves.

Une bonne idée, mais…

Globalement, tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut remédier au retard linguistique qui touche de plus en plus d’élèves en Flandre. La méthode proposée par Ben Weyts soulève toutefois des questions.

Pour de nombreux experts, un enfant de 5 ans est trop jeune pour passer un examen de néerlandais. Le professeur Piet Van Avermaet de l’Université de Gand, juge le test comme " scientifiquement dangereux ". L’examen livrerait selon lui des résultats peu fiables car l’apprentissage d’une langue est long et variable, surtout chez les plus jeunes. Le score de l’enfant dépendra du moment durant lequel le test est effectué. Un élève peut ainsi être bon à une période donnée, puis régresser quelques mois plus tard, ou vice-versa. D’après l’expert gantois, mieux vaut contrôler l’enfant à différents moments de l’année, ce que les enseignants font d’ailleurs déjà.

Le test en soi risque par ailleurs de montrer ses limites alors qu’une multiplicité d’outils serait nécessaire pour vérifier les différents aspects de la connaissance linguistique.

Un "bain de langue" réellement bénéfique ?

Si d’après le professeur de la VUB Wim Van den Broeck, l’instruction intensive du néerlandais peut porter ses fruits en cas de sérieux retards, plusieurs universitaires estiment que séparer les élèves jugés mauvais en néerlandais des autres élèves aura un effet inverse, et ralentira le développement linguistique des enfants concernés, ce qui risque de creuser le fossé entre les deux groupes.

Pour Piet Van Avermaet de l’UGent, il n’y a aujourd’hui pas de preuve scientifique ou empirique qui permet d’affirmer que ce système fonctionnera. Selon lui, pour favoriser une progression plus rapide des élèves en difficulté, il faudrait au contraire qu’ils puissent interagir avec les élèves les plus forts. L’interaction avec l’enseignant aussi est primordiale. L’instituteur joue d’ailleurs un rôle clé dans l’apprentissage du néerlandais. Il peut en effet tirer l’enfant vers le haut en lui donnant un maximum la parole, en l’écoutant et en le corrigeant. Pour l’expert gantois, la classe entière se retrouverait ainsi non pas dans un bain, mais dans une piscine linguistique, dont tous les élèves pourraient profiter.

Pour y parvenir, les enseignants doivent toutefois avoir le temps de se concentrer sur ces tâches, sans être accaparés par des activités parallèles. Bonne nouvelle pour eux : le gouvernement flamand va investir 70 millions d’euros supplémentaires dans l’enseignement maternel. De quoi financer de nouveaux recrutements, mais aussi mettre en place le test de Ben Weyts. Le ministre entend profiter du passage de l’obligation scolaire de 6 à 5 ans, dès la rentrée prochaine, pour l’instaurer.

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