Un Premier Ministre sous influence

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

27 septembre, Assemblée Générale de l’ONU (New-York) :

Mon pays signera à Marrakech en décembre le pacte global pour la migration. Ce texte est une avancée majeure qui clarifie les différents concepts et offre un levier pour une gestion organisée et maitrisée de la mobilité internationale.

14 novembre, Chambre des Représentants (Bruxelles) :

(…) nous avons décidé d'accorder un mandat destiné à permettre une analyse politique plus approfondie du texte ainsi qu'un examen juridique plus détaillé des questions relatives à son interprétation. Nos experts analysent les conséquences juridiques de ces décisions.

Comment et pourquoi Charles Michel annonce vouloir revoir un texte, négocié pendant deux ans et prêt à être signé ?

L’effet Vlaams Belang

Le Pacte pour la migration se discute au niveau mondial depuis deux ans. En mai dernier, Jan Jambon et Theo Francken co-signaient la déclaration de Marrakech sur la migration. Fort de cette unanimité au sein de son gouvernement, Charles Michel pouvait assurer face à toutes les autorités de la planète que la Belgique, nouvelle entrante au Conseil de Sécurité de l’ONU, s’inscrivait pleinement dans cette démarche, devant garantir une approche plus humaine des questions de migrations.

 Quelques pays ont émis des réserves : après la Hongrie qui boude (comme les USA) depuis le début, l’Autriche, la Bulgarie, la Pologne etc. ont ensuite formulé des réserves.

Mais surtout, sur le plan intérieur, le Vlaams Belang qui condamne le processus onusien depuis le début, reprend du poil de la bête. Les élections communales et provinciales viennent de le confirmer.

En province d’Anvers, berceau des deux partis nationalistes : par rapport aux élections de 2014, la N-VA a perdu le 14 octobre près de 7% (à 32,8%) et le VB gagne … 7% (de 7% à 14,2%) ! La situation est similaire dans le reste de la Flandre (exemple en Flandre Occidentale la N-VA perd près de 10% que gagne le VB, etc.).

La N-VA décide donc de ne plus rien concéder à sa droite et tant pis pour le Premier Ministre

Un Premier a minima

Charles Michel reste prisonnier de son principal allié, clé de voûte de la coalition fédérale et doit quelque peu se dédire par rapport à ses engagements newyorkais. C’est le lot des chefs de gouvernement en Belgique : ils doivent composer. Si Jean-Luc Dehaene ou Guy Verhofstadt pouvaient imposer leur point de vue, ce n’est plus le cas depuis. Le Premier Ministre n’est plus que la résultante des forces qui composent sa coalition.

A la différence de ses prédécesseurs, Charles Michel doit faire " avec " une N-VA qui n’hésite pas à le " déshabiller " en public, à faire ouvertement savoir que tel ou tel point est onbespreekbaar comme on l’a vu pour le climat, le nucléaire, les métiers pénibles, etc.

Comme le montrent partiellement les résultats des élections communales et provinciales, cela affaiblit également la position du MR en Wallonie et à Bruxelles. La N-VA ne fonctionne qu’à travers ses seuls intérêts et tant pis pour le Premier Ministre qu’elle a contribué à mettre en place.

 

@PhWalkowiak

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