Un Premier ministre ne devrait pas dire ça

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Il y a des mots qu’il vaut mieux ne pas vouloir associer, au risque de les voir vous exploser à la figure. Ainsi placer national(iste) et socialiste ne peut que procurer des ennuis médiatiques. Charles Michel l’a sans doute un peu appris à ses dépens, au point de perturber lui-même un épisode important de l’entrée en campagne de son parti.

Lapsus… révélateur ?

Le Premier ministre/président de parti associe PS et N-VA :  Le cocktail national-socialiste, c’est la division et l’appauvrissement garantis. C’est le Brexit en pire. Avant de rectifier peu de temps après sous le tollé des réseaux sociaux, il fallait entendre nationaliste-socialiste. Est-ce fondamentalement différent ? Sémantiquement, demeure le lien entre les deux termes et le flou sur l’instabilité que cela provoquerait.

En voulant associer les deux notions, Charles Michel s’est brûlé les doigts alors qu’il avait l’opportunité de marquer la différence de sa formation politique. Pendant 15 ans, le PRL-FDF-MCC devenu MR, a gouverné avec les socialistes, empêchant sans doute ceux-ci d’être tout à fait socialistes au gouvernement. Ensuite, le MR s’est associé à la N-VA, enrayant leur nationalisme. Mais en associant ses deux ennemis préférés, le président de parti a quelque peu écorné l’image du Premier ministre.

L’entrée en campagne des libéraux francophones a été chaotique (deux chefs de gouvernement pour deux gouvernements en affaires courantes, la dissidence Destexhe, la défection au sein du groupe MR au Parlement Wallon, les tiraillements autour de la confection des listes, la contestation climat, etc.) ; le tout après des élections communales et provinciales décevantes et des sondages en berne. En ces matières, la rancœur est souvent mauvaise conseillère.

Trouver le ton

En cumulant les fonctions de chef de gouvernement et de parti, Charles Michel s’expose à d’incessants tiraillements et risque de brouiller son propre message. Qui sait qui parle à quel moment ?

L’heure est forcément aux bilans. Le Premier ministre met très logiquement en avant les créations d’emploi enregistrés sous la législature. Il reste au président de parti à porter les projets d’avenir, à tracer le sillon de sa formation au sein du paysage politique, se positionnant tantôt face aux socialistes, tantôt face aux nationalistes, même si tout ce petit monde a gouverné/négocié ensemble.

De par sa double fonction, Charles Michel est la cible de ses adversaires francophones. Pour ces derniers, il incarne à lui seul le gouvernement fédéral sortant et le Mouvement Réformateur. A lui d’éviter les confusions de casquettes, là où un Premier ministre doit souvent être au-dessus des parties et un président de parti au combat politique dans l’arène. Un rôle n’est pas l’autre.

@PhWalkowiak

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