Un péage trop loin

 

Ceux qui avaient zappé la déclaration politique bruxelloise ne peuvent plus l’ignorer à présent : le gouvernement bruxellois entend bien instaurer un péage automobile aux portes de la région-capitale. Le projet est dans les cartons depuis des années, mais la concrétisation approche.

Une querelle à bon compte

Taxe + voiture + écologiste + bruxellois… vous agitez bien le tout et vous obtenez à coup sûr, à chaque fois une belle polémique ! Inratable.

Cela reste également un marqueur essentiel des tendances politiques et des débats qui les sous-tendent. A bon compte, cela a permis au MR de dénoncer " un gouvernement de gauche " alors que cette taxe sera mise en œuvre par un ministre… libéral et à la N-VA de dénoncer une taxation que son ministre Weyts avait défendue bec et ongles pour la Flandre sous la précédente législature. Et enfin, ECOLO a pu se draper dans sa vertueuse position préférée de défenseur de l’environnement et de la santé. Chacun dans son rôle en somme. Ce qui occulte une réelle réflexion sur le fond.

Vision à long terme

Trop longtemps, la mobilité dans et vers Bruxelles a été gérée par des Non-Bruxellois, qui ont (trop) largement privilégié les " égouts à bagnoles " que constituent les grandes voies d’accès. Cela semble désormais surprendre Wallons et Flamands qui ont toujours aimé se mêler des affaires bruxelloises, surtout quand cela les concerne.

A l’inverse, les Bruxellois affirment de plus en plus leur identité. Beaucoup le reconnaissent : l’affirmation de l’identité bruxelloise est celle qui a le plus progressé en Belgique ces 20 dernières années. Mais les Bruxellois oublient alors qu’ils restent enfermés dans un carcan autant politique que géographique. L’évolution de la mobilité à Bruxelles ne peut se faire qu’en concertation avec les autres niveaux de pouvoir.

L’engorgement de Bruxelles est réel, comme la dégradation de la qualité de l’air. Les embouteillages autour de la capitale coûtent chaque année plus de 100 millions €. Les entreprises s’en plaignent. La mauvaise qualité de l’air représente en Belgique 15.000 décès prématurés. Des systèmes similaires existent depuis plusieurs années à Londres, Oslo, Dublin ou Milan.

Chacun admet qu’il convient d’agir. Le gouvernement bruxellois entend aller de l’avant et dépose donc un plan. Mais la marge de concertation paraît étroite, un calendrier de mise en œuvre est d’ores et déjà prévu. Objectif : diminuer l’usage de la voiture de 25% dans la capitale à l’horizon 2030. Le projet est déjà bien abouti, ne ressemble pas au péage avec barrière d’octroi dépeint par ses détracteurs mais vise bien à dissuader l’usage de la voiture à certains moments critiques de la semaine. Et là, le bât blesse. Seule une concertation peut permettre une véritable solution globale mais celle-ci risque rapidement de se fracasser sur la réalité institutionnelle du pays. Si la taxe de circulation est devenue depuis peu régionale, l’alternative ferroviaire demeure fédérale, des bus, voire des trams, flamands et wallons desservent les 19 communes bruxelloises tandis que le ring autoroutier autour de la région bruxelloise se situe largement en Flandre !

L’amélioration du quotidien de millions de Belges passe par la mise en œuvre commune d’un projet qui doit dépasser les intérêts particuliers des uns ou des autres. De près ou de loin, toutes les formations politiques s’y trouvent impliquées.

Puissent-elles sortir des postures stériles. Bien plus qu’une " bête " histoire de péage.

@PhWalkowiak

 

Polémique autour de la taxe kilométrique à Bruxelles: JT du 03/12/2020

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