Un gouvernement rétréci au lavage

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Grâce essentiellement à la détermination de Charles Michel, la Belgique a évité de se retrouver face au monde, aux côtés de la Hongrie de Orban, l’Italie de Salvini, la Pologne de Kaczyński ou les USA de Trump en matière de migration.

Le Premier Ministre a pris des risques avec sa coalition pour tenter de sauver l’honneur du pays. Dans le même temps, il récolte sans doute là ce qu’il a semé il y a quatre ans, quand il a lié son destin à celui de la N-VA.

La N-VA aux abois

Il est également vrai que la N-VA de 2018 n’est plus celle de 2014 ni celle de 2010 ou 2007 qui tentait de négocier une réforme institutionnelle.

De parti communautaire autonomiste, la N-VA s’est d’abord muée en parti conservateur au libéralisme affirmé et depuis plusieurs mois en parti identitaire et populiste . Les résultats décevants des élections communales (où la N-VA perd selon les provinces, entre 5 et 10% au seul profit du VB) ont amené les dirigeants du parti nationaliste à revoir ou amplifier leur stratégie. Et tant pis pour Charles Michel. La N-VA a sauté sur l’occasion. Le Premier Ministre a été secoué, espéré un temps que d’autres pays européens (Pays-Bas, Danemark, …) ne signent pas. Puisque tous les pays non-populistes (sic) apportaient leur soutien, le destin de Charles Michel était tracé : la Belgique DEVAIT aller à Marrakech. Charles Michel a écouté son devoir.

Ne pas insulter l’avenir

Partant de ces deux " obligations " (que l’on pourrait assimiler à une volonté de coup de barre à droite pour la N-VA, et de coup de barre à gauche pour le MR, à la suite des communales), il fallait " organiser " la transformation de l’ancienne coalition, sans casser toute la porcelaine.

Va pour un Michel 2 ! La N-VA se fait un peu prier pour quitter la rue de la Loi et s’installe alors un gouvernement minoritaire où c’est le Premier désormais qui désigne les ministres, sans passer par la case " palais ". La plupart des constitutionnalistes en ont encore les cheveux hérissés !

Chacun obtient finalement ce qu’il cherchait : le MR peut poursuivre sa politique gouvernementale et la N-VA obtient son trophée identitaire pour lancer sa campagne et la Reconquista des voix perdues au Belang.

Le MR recentre son propos : climat et pouvoir d’achat… soit l’actualité des deux dernières semaines, comme un sentiment d’urgence, un vide à combler, un programme gouvernemental a minima, une image à redorer.

Pour les deux formations, n’est-il pas trop tard ?

La N-VA risque de perdre d’un côté (VOKA, PME) ce qu’elle espère récupérer de l’autre. Le MR semble découvrir le réchauffement climatique ou la (sa) hausse des accises. Pour les deux formations, l’électeur risque de préférer l’original à la copie.

Charles Michel peut toutefois compter sur l’opposition. Celle-ci n’osera pas provoquer la chute du gouvernement, de peur d’être rendue responsable d’élections anticipées au cœur de l’hiver.

La Belgique adoptera le Pacte. Puis place à la " trêve des confiseurs ". Tout ce petit monde se reverra en janvier ; il ne restera alors qu’une douzaine de semaines avant la dissolution des Chambres. Trop peu pour des avancées significatives mais assez pour une guérilla parlementaire latente avec un gouvernement peau de chagrin et une opposition tétanisée.

 

@PhWalkowiak

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