Un fédéralisme de vaccination

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La vaccination de la population varie selon les régions, et même encore plus selon les communes. Certains tentent d’en donner une lecture politique et communautaire alors que la carte de la vaccination correspond bien plus à celle des niveaux de revenus. C’est flagrant à Bruxelles. Parmi les 19 communes, c’est dans les communes les plus riches, les plus âgées et au niveau de formation le plus élevé que la vaccination est la plus prégnante.

Cela vaut grosso modo pour le reste du pays. De là à en tirer des conclusions politiques…

Virus nationaliste

Les disparités dans la campagne de vaccination réveillent d’anciens contentieux politiques. Depuis le début de la pandémie, le gouvernement flamand souffre de devoir laisser la gestion de la crise sanitaire au gouvernement fédéral, avec un gouvernement flamand toujours dirigé par la N-VA, évincée qui plus est du pouvoir fédéral alors qu’au soir du dernier scrutin fédéral, le parti nationaliste demeurait le premier du pays.

Pourtant, vaille que vaille, Jan Jambon donne l’impression de jouer le jeu des institutions, s’effaçant çà et là, derrière Alexander De Croo ou Frank Vandenbroucke. Même quand le ministre-président flamand est interrogé sur les différences nord-sud dans la vaccination, il reste prudent, se limitant à constater qu’à terme cela pourrait poser des problèmes tout en reconnaissant qu’il serait très difficile à prendre des mesures différenciées en Flandre. Son ministre de la Santé, Wouter Beke (CD&V) cependant, a lui été plus clair, avançant la possibilité d’un déconfinement plus rapide en Flandre. Mais Wouter Beke a beaucoup de choses à se faire pardonner dans l’opinion publique flamande pour sa gestion de la pandémie

Vaccin fédéral

En fait, la crise sanitaire met à jour le curieux fonctionnement institutionnel de la Belgique. La décision se prend en concertation entre six gouvernements, où aucun d’entre eux n’a barre sur l’autre. Le grand public voit ainsi ce qu’est devenue la gestion de Ce Pays depuis de nombreuses années : une Conférence Diplomatique Permanente où tous les égoïsmes ou toutes les autonomies sont possibles. Un fédéralisme imparfait, basé avant tout sur la bonne volonté et où rien n’est prévu au cas où il n’y aurait pas un minimum de cette bonne volonté.

Puisque la gestion de la vaccination est confiée aux entités fédérées, il ne doit pas être surprenant de constater des différences. Ainsi, Flandre et Wallonie utilisent une même plateforme de vaccination (QVax), différente de la région bruxelloise. Les stratégies de vaccination sont également différentes : si la Flandre est largement en avance dans les plus de 75 ans, la Wallonie la devance pour l’instant, dans les plus de 55 ans (31,5% contre 17,2%). Fédéralisme de compétition.

La vaccination est à l’image de la Belgique. Plurielle. Les différences sont finalement bien plus criantes au sein d’une même région qu’en dehors. La réalité de Woluwé-St-Pierre reste plus proche de celle de Tervuren que de Molenbeek, celle du Brabant Wallon plus proche de celle du Brabant Flamand que de Liège, le taux de vaccination de Mons (24,7% des 18+) plus proche de celui de Gand (26,6%) que de Charleroi (15,8%).

Il n’en reste pas moins que ces différences menacent la cohésion de l’ensemble de la campagne de vaccination au niveau fédéral. Un nouveau test pour le fédéralisme " à la belge ", que chacun ne manquera pas d’exploiter selon ses intérêts particuliers.

 

@PhWalkowiak

 

Vaccin: changement de stratégie (JT 24/04/2021)

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