Un déconfinement en ordre (très) dispersé

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Sans attendre, le ministre flamand de l’enseignement Ben Weyts a présenté à son Parlement, le plan de déconfinement pour les écoles du nord du pays. Au Conseil National de Sécurité de s’aligner et si ce n’est pas le cas l’excellence N-VA aura beau jeu d’incriminer le fédéral, les Wallons coupables d’entraver la bonne marche de la Flandre.

Le pivot de l’école

Le plan Weyts de déconfinement de l’école a beau soulever plus de questions que d’apporter de réponses, il a au moins le mérite d’offrir une perspective. D’ailleurs, des premiers éléments, certes un peu plus prudents, indiquent que du côté francophone, on n’a pas attendu pour entamer la réflexion et tracer les premières pistes de sortie.

A ce stade, calendriers francophone et flamand ne correspondent pas. Le Conseil de Sécurité n’aura de National que le nom. Dans la même logique, Bart De Wever poussait dès lundi à un déconfinement accéléré pour relancer l’économie. Au fédéral comme en Wallonie et à Bruxelles, on semble aussi se montrer plus réservé. Toutefois, relancer économie et écoles dans la même phase semble hautement risqué. Mais il y va aussi de l’annonce que l’on fait de la volonté que l’on affiche, et cela dépasse le cadre sanitaire. A ce propos, la N-VA n’hésite pas à ressortir les clichés sur l’attentisme wallon et le dynamisme flamand. La volonté d’avancer quitte à laisser des gens sur le bord de la route d’un côté contre le souci d’intégrer tout le monde, quitte à négliger ou brider des élans ou des dynamismes.

Chacun chez soi, chacun pour soi

La Belgique avance à pas dispersés vers le déconfinement. L’Europe des 27 ne fait pas mieux et l’Allemagne, citée en modèle, a vu ses Länder prendre des mesures différentes.

Mais dans Ce Pays, si la Première Ministre se soucie de cohérence, elle paraît isolée au point d’être au centre de la critique de la presse flamande pour ne pas pouvoir imposer son autorité ! Ou imposer la vision flamande à tout le pays ?

Cela étant, côté francophone, chacun progresse également de son côté. Le ministre-président bruxellois s’avance seul sur le port du masque dans l’espace public, on ignore toujours si TEC et STIB garderont les mêmes règles de distanciation, les universités avancent seules sur l’organisation des fins d’année, l’achat de masques se fait en ordre (très) dispersé, chaque commune tente de faire ce qu’elle peut, les règles de port du masque s’annoncent aléatoires, le fonctionnement des recyparcs varie en fonction des intercommunales, les accès aux maisons de repos changent selon les autorités communales, etc.

Il en risque bientôt d’en être de même dans les écoles : qui ouvrira ? les services de nettoyage seront-ils efficients ? les transports en commun suivront-ils ? les enseignants seront-ils en nombre avec les moyens de protection adéquats ? qui va approvisionner les écoles en gel hydroalcoolique ? etc.

Le temps du déconfinement risque d’être celui de l’approximation et de l’improvisation politique.

 

@PhWalkowiak