Un coquelicot fané au pied du paravent chinois

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Personne ne vous le dira publiquement, mais 23 jours après le scrutin, hormis à Bruxelles, rien n’est véritablement débloqué. On le sait, les résultats du scrutin ont amené à rendre le pays difficilement gouvernable.

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Il est difficile de cerner la manière dont se déroule la mission des informateurs Reynders et Vande Lanotte. Tout simplement, parce qu’il ne s’y passe rien de concret ? Cela ressemble à de l’occupationnel ; le Palais (et donc aussi la classe politique) montre qu’il se soucie de la situation, tout en devant reconnaître ipso facto qu’il ne peut pas la changer, autrement dit jeter les bases d’une coalition fédérale. Les partis doivent encore digérer les résultats du 26 mai et ont surtout la tête ailleurs, aux coalitions régionales et communautaires.

La mission des informateurs royaux permet simplement de faire patienter. C’est le retour du paravent chinois, expression labellisée Mark Eyskens lors de la crise politique de 2010, lorsque le Palais désigne un duo improbable de médiateurs (le PS André Flahaut et le N-VA Dany Pieters) pour passer l’été, l’essentiel des négociations se passant ailleurs (ou pas).

En vieux routiers de la politique, Johan Vande Lanotte et Didier Reynders assument le rôle. Mais l’essentiel se trouve ailleurs ou plutôt aura lieu plus tard, bien plus tard.

Foire aux idées

En Wallonie, place à la foire aux curieuses idées. Le PS (courant Magnette) et ECOLO ont quelques difficultés arithmétiques avec le résultat du scrutin régional, au point d’essayer de trouver le moyen de le contourner. Mais les chiffres sont têtus, une minorité reste une minorité ! Le PTB et le cdH ont eu beau répéter que monter dans une coalition ne les intéressait pas, Paul Magnette et Jean-Marc Nollet tentent de tordre la réalité chiffrée.

Dernière tentative en date : une coalition coquelicot entre verts et socialistes… et la " société civile ". Cette dernière notion demeure plus que floue, et surtout ne repose sur aucune légitimité démocratique que seul l’électeur peut accorder. C’est induire que l’électeur a forcément " mal voté ".

D’ailleurs, PS et ECOLO n’ont eu de cesse de dénoncer, à juste titre, le manque de légitimité du gouvernement Michel au sud du pays.

De plus, comment les écologistes peuvent-ils justifier que seule la Wallonie (voire la Communauté Française) aurait besoin de la " société civile ", Bruxelles respectant quant à elle, la bonne vieille négociation particratique ??

Tout cela permettra à terme, au PS et peut-être à ECOLO, d’admettre ce qu’ils se refusent d’admettre, surtout quand ils devront retourner devant leur base : dans la configuration actuelle, le MR est incontournable en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il leur faut juste le temps d’avaler l’amère pilule.

@PhWalkowiak

 

Journal télévisé 17/06/2019

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