Un congé de paternité pour les indépendants, une bonne idée ?

Un congé de paternité pour les indépendants, une bonne idée ?
Un congé de paternité pour les indépendants, une bonne idée ? - © Tous droits réservés

Il y a quelques jours, Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des Familles, a été auditionnée, avec 3 autres femmes, à la Commission de l’économie de la Chambre, pour parler d’une proposition de loi qui ne concerne que les hommes : créer un congé de paternité de 10 jours pour indépendants. Elle y revient avec Mehdi Khelfat sur La Première.

Pour Delphine Chabbert, les débats autour de cette proposition de loi sont importants, et ce, pour 3 raisons. "La première, c’est que la vie de famille, ce n’est pas qu’une affaire de salariés ou de femmes. Aujourd’hui, les indépendants sont des parents de seconde zone. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont droit à rien comme congés pour s’occuper de leurs enfants. Et ils n’en sont pas satisfaits. Surtout les jeunes. Selon le Syndicat neutre pour indépendants (SNI), 73% ont des difficultés à concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle. Avec plus d’un million d’indépendants en Belgique dont 2/3 sont des hommes. Pas mal de papas sur le carreau, donc, et d’enfants dans la foulée..."

"Les femmes sont évidemment pour ce genre de mesures parce que des hommes qui s’investissent dans la vie de famille, ce sont des inégalités en moins. Déjà, c’est un bon pas vers plus d’égalité entre les parents salariés et les indépendants, et ça va dans le sens du progrès. Et permettre à ces pères indépendants de s’occuper de leur enfant, c’est aussi renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes. Parce que c’est le mauvais partage des tâches familiales et domestiques qui pénalise directement les carrières de femmes. Preuve en est, seulement 1/3 des indépendants sont des femmes. Eh oui, la place des pères indépendants est aussi à la maison et ils sont de plus en plus nombreux à le réclamer. Comme les femmes sont de plus nombreuses à vouloir s’investir dans leur carrière professionnelle."

Lien entre burn out et absence de congé parental

"Ce congé, c’est une soupape dans un moment unique, à fortes tensions, éprouvant au niveau émotionnel et physique. Aujourd’hui, 360.000 travailleurs sont en invalidité, ce qui représente une augmentation de 70% en 10 ans. Et en ce qui concerne le congé de paternité, il faut savoir que ce sont des raisons psycho-sociales liées à la vie de famille qui ont fait basculer 80.000 de ces personnes dans cette situation difficile. Pouvoir bénéficier de congés parentaux, c’est bon pour la famille mais aussi pour rendre le travail vivable."

Cette loi a-t-elle une chance de voir le jour ?

"Il y a bien entendu un coût budgétaire", explique Delphine Chabbert : "la mise en oeuvre devrait coûter 11 millions d'euros maximum - sans doute moins d'ailleurs parce que tous les indépendants ne prendront pas les 10 jours. Donc c’est une petite goutte par rapport aux 4,5 milliards de recettes de l’INASTI. La bonne nouvelle, c’est que le ministre des indépendants, Willy Borsus, a accueilli positivement cette proposition et semble vouloir la concrétiser. Attention seulement à ne pas noyer ce projet de loi dans une vaste réforme sur le statut social des indépendants. Car tout aboutirait alors aux calendes grecques", prévient la secrétaire politique de la Ligue des familles.

"Les débats autour de cette loi le démontrent, reconnaître des nouveaux droits pour les hommes, c’est avancer vers l’égalité entre les hommes et les femmes. Il reste maintenant à rendre obligatoire les congés de paternité pour les salariés. Parce qu’il faut les protéger eux-aussi, c’est ça l’égalité ! Et rêvons un peu pour ce 1er jour de l’été… aujourd’hui, avoir des politiques volontaristes soutenues par des femmes, et des hommes pour mieux répartir les travail domestique dans les familles, ce serait bien non ?", conclut Delphine Chabbert.

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