Un collabo et ses aides de camp

Un collabo et ses aides de camp
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Un collabo et ses aides de camp - © Tous droits réservés

 

Ce n’est pas une chronique pour savoir si Donald Trump est un collabo – à savoir un homme politique qui sert les intérêts de dirigeants étrangers aux dépens de son propre pays. Les quelques doutes qui pouvaient subsister se sont envolés avec les évènements de ces derniers jours, lorsqu’il a défendu la Russie tout en s’en prenant à nos alliés les plus proches.

Nous ne connaissons pas les motivations de Trump. Est-ce du chantage ? De la corruption ? Ou bien une sympathie plus généralisée envers les autocrates ainsi que la haine de la démocratie ? Et nous n’aurons peut-être jamais la réponse : s’il parvient à faire arrêter l’enquête de Mueller et que les républicains conservent le contrôle du Congrès, tous ces secrets pourraient continuer indéfiniment.

Mais ce sont ses actions qui disent tout.

Pourtant, comme je l’ai dit, il ne s’agit pas d’une chronique sur Trump. Elle porte plutôt sur les gens qui lui permettent de trahir l’Amérique : ce premier cercle de hauts responsables et de personnalités des média qui est prêt à le soutenir, quoi qu’il dise ou quoi qu’il fasse, ainsi que tout ce groupe de politiques – en gros la délégation complète des républicains au Congrès – qui a le pouvoir et l’obligation constitutionnelle de mettre un terme à ce qu’il fait, mais qui ne lèvera pas le petit doigt pour venir défendre l’Amérique.

Il est important de comprendre que le combat que mène Trump contre nos alliés ne porte sur aucun véritable conflit d’intérêts – parce qu’en fait, ils ne font pas du tout les choses qu’il les accuse de faire.

Non, le Canada et l’Europe n’imposent pas "des droits de douane astronomiques" sur les marchandises américaines : une grande majorité d’exportations américaines entrent au Canada sans aucun frais de douane et les droits de douane classiques pour l’Europe sont de 3 pourcent. Ce sont les faits, purs et simples, qui ne prêtent pas à l’interprétation.

Trump justifie donc sa tentative de détruire l’alliance Atlantique en accusant nos alliés de méfaits qui n’existent que dans son imagination.

L’on pourrait dire la même chose de son affirmation selon laquelle Justin Trudeau, chef du gouvernement canadien, l’aurait trahi et aurait plombé le sommet du G7. En réalité, les remarques de Trudeau à la fin de la conférence furent contenues et classiques, expliquant simplement – comme le ferait n’importe quel dirigeant normal – qu’il défendrait les intérêts de son pays. Le tweet rageur de Trump qui suivit était la réponse à une insulte qui, tout comme ces "droits de douane astronomiques", n’existent que dans son imagination.

Mais c’est Trump, un homme dont la présidence a été marquée par environ sept affirmations fausses par jour depuis qu’il est en fonction. Qu’en est-il de ses hauts représentants ?

Eh bien ils se comportent comme les courtiers dans ce vieux conte sur les habits neufs de l’empereur. (La perruque neuve de l’empereur ?) Si le patron dit quelque chose qui est faux, à l’évidence, pour n’importe qui ayant des yeux pour voir, ils diront qu’ils croient sa version.

Donc, Larry Kudlow, l’économiste en chef de l’administration (bon, en fait c’est "économiste" mais c’est une autre histoire) a déclaré à la télévision que Trudeau "nous avait poignardés dans le dos". Peter Navarro, l’expert en chef au commerce de cette administration (là aussi, "expert") est allé encore plus loin, en répétant le commentaire du coup de couteau dans le dos et en déclarant qu’il y avait "un endroit bien précis en enfer" pour les gens comme Trudeau.

 Vous vous rappelez lorsque les gens s’imaginaient que Trump serait contenu par les hauts responsables qui allaient contrebalancer ses pires instincts ? Cela a peut-être été le cas pendant quelques mois mais aujourd’hui il est entouré de lèche-bottes qui lui disent tout ce qu’il souhaite entendre.

Cependant, l’Amérique n’est pas une monarchie – en tout cas pas encore. Le Congrès a le pouvoir de maîtriser un président qui de toute évidence trahit le serment qu’il a fait en prenant ses fonctions. Il peut le faire partir ; mais hormis une procédure d’impeachment, il y a de nombreuses façons pour le Congrès de contraindre Trump et de limiter les dommages qu’il commet.

Mais le Congrès est contrôlé par les républicains. Et leur façon de réagir face à une président dont les actions sont, à l’évidence, pas seulement non américaines mais aussi anti américaines, a été…quelques pauvres messages sur Twitter de la part d’une poignée de sénateurs qui ne sont pas contents du comportement de Trump mais pas prêts à faire quoi que ce soit de concret. La plupart des républicains ne sont même pas allés jusque-là : ils restent silencieux.

Pourquoi les politiques républicains sont-ils réticents à se défausser de leurs responsabilités envers la Constitution ? L’on imagine qu’ils sont relativement peu nombreux à vouloir pour de bon une guerre commerciale, encore moins une rupture avec l’alliance Atlantique.

Et un grand nombre d’entre eux, l’on imagine aussi, sont très conscients qu’un agent étranger, de facto, est assis au Bureau Ovale. Mais ils restent immobiles grâce à un mélange de vénalité et de lâcheté.

D’un côté  les baisses d’impôts pour les riches sont devenus la priorité numéro un pour le parti républicain moderne, et c’est ce que Trump leur donne, donc ils sont prêts à laisser passer tout le reste.

D’un autre côté, la base du parti aime réellement Trump non pour sa politique, mais pour la cruauté très mise en scène dont il fait preuve envers les minorités raciales et la façon qu’il a de s’en prendre aux "élites".

Et donc n’importe quel politique républicain qui défendrait ce que voyions autrefois comme les valeurs fondamentales de l’Amérique se retrouverait fortement menacé de perdre lors des prochaines élections primaires. Et de ce que l’on peut en dire, il n’y a pas un seul élu républicain qui est prêt à prendre ce risque, peu importent les actions de Trump.

Tout ceci nous dit que le problème auquel l’Amérique fait face dépasse largement l’abomination qu’est Trump lui-même. L’un de nos deux partis principaux semble être désespérément et irrémédiablement corrompu. Et à moins que ce parti non seulement ne perde les élections à venir mais se mette également à perdre régulièrement, l’Amérique telle que nous la connaissons est finie.

 

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