Trump peut-il prendre en otage le système de santé ?

Le cafouillage des marchés financiers de Pékin
Le cafouillage des marchés financiers de Pékin - © Tous droits réservés

Trois semaines se sont écoulées depuis la débâcle du Trumpcare. Après huit années passées à attaquer l’Affordable Care Act, le parti républicain s’est enfin retrouvé en position de faire ce qu’il avait promis, et de proposer quelque chose de mieux. Mais il n’a pas réussi.


Et les républicains, y compris bien sûr le Président Donald Trump, ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. En gros, le parti a menti pendant tout ce temps, et les mensonges ont fini par rattraper les menteurs. Trump a promis un système de santé qui serait "bien moins cher et beaucoup mieux" ; face à la situation, tout ce que lui et ses alliés ont eu à offrir, c’était des premiums qui montaient en flèche, des dépenses directes en hausse et une perte massive de couverture.


Mais vous l’aurez peut-être remarqué, Trump n’est pas vraiment à l’aise pour reconnaître sa responsabilité dans ses échecs. Il a plutôt décidé d’accuser les démocrates de ne pas coopérer dans la destruction de la réussite dont ils sont les plus fiers, et ce depuis des dizaines d’années. Et mercredi, dans un entretien au Wall Street Journal, il a ouvertement menacé de saboter le système de santé pour des millions de gens si le parti de l’opposition ne lui donne pas ce qu’il veut.
Dans cet entretien, le président des Etats-Unis ressemblait à un mafioso qui tente d’extorquer des paiements de protection à un propriétaire de magasin.


"L’Obamacare sera mort le mois prochain s’il n’obtient pas cet argent" a-t-il déclaré, en parlant des subventions de partage des coûts qui réduisent les dépenses directes des familles aux revenus les plus faibles, et qui sont cruciales même pour les familles qui ont des revenus plus élevés, parce que cela permet de garder les compagnies d’assurance dans le système. "Je ne veux pas que quelque chose de fâcheux arrive aux gens". (C’est un bien joli magasin que vous avez là, ce serait dommage que quelque chose lui arrive). "A mon avis, ce qui devrait se passer, et ce qui va se passer, c’est que les démocrates vont se mettre à m’appeler et à négocier". (Je leur fais une offre qu’ils ne peuvent refuser).


C’est une tactique politique détestable. C’est aussi particulièrement stupide.


Le côté détestable devrait être évident, mais détaillons-le. Trump tenter de jouer de la force envers les démocrates en menaçant de s’en prendre à des millions de spectateurs innocents – des familles américaines lambda qui ont obtenu une couverture santé grâce à la réforme de santé. C’est vrai, les démocrates ont le bien-être de ces familles à cœur – mais les républicains, au moins, font semblant de se soucier d’eux également.


Pourquoi Trump s’imagine-t-il que cette menace peut fonctionner ? Implicitement, il affirme que le fait de faire du tort à des personnes innocentes ne le perturbe pas autant que ses adversaires. En fait, c’est probablement vrai – souvenez-vous que l’on parle d’un homme qui a stoppé net les allocations santé du fils de son neveu, alors âgé de 18 mois et gravement malade, afin d’avoir le dernier mot lors d’un conflit de famille. Mais ce n’est pas le genre de choses auquel on s’attend venant de celui qui occupe la Maison Blanche.

En sabotant l'Obamacare, l'administration Trump offrirait un superbe cadeau aux démocrates


Ce qui rend la tactique de Trump tout aussi stupide que détestable, c’est qu’en réalité, rien ne motive les démocrates à céder.
Tout d’abord, que propose-t-il comme accord ? L’Obamacare a amélioré le système de couverture grâce à deux points, l’extension de Medicaid et une assurance privée subventionnée. Trump serait peut-être capable de miner le secteur privé, mais Medicaid en sortirait indemne. Pourquoi les démocrates accepteraient-ils les projets républicains, qui anéantiraient les deux ?


Et puis il y a la réalité politique qui veut qu’en sabotant l’Obamacare, l’administration Trump offrirait un superbe cadeau électoral aux démocrates. Gardons en tête que les endroits qui sont déjà peu fournis en assureurs privés - et qui seraient donc les plus touchés, sont des endroits relativement pauvres et ruraux, des endroits qui ont voté Trump en masse l’année dernière.


Trump croit peut-être qu’il pourrait faire porter le chapeau de la destruction qu’il a menacé de répandre aux démocrates. "Vous voyez bien, voilà la spirale de la mort dont je parlais". Mais cela ne marcherait probablement pas même s’il n’avait pas proclamé haut et fort sa culpabilité par avance. Les électeurs ont tendance à s’en prendre à celui qui est à la Maison Blanche, quel qu’il soit, lorsque les choses vont mal et dans ce cas, ils auraient raison : s’il y a une spirale de la mort, elle portera le nom de Trump et à juste titre.


Voyons les choses ainsi : il y a une bonne raison si une lettre ouverte à Trump a été signée par un vaste panel de grands lobbys, y compris des groupes très conservateurs tels que la Chambre du Commerce des Etats-Unis, afin de l’exhorter à conserver des subventions de partage des coûts. Ils ont bien compris que saboter l’Obamacare serait un désastre pour leurs intérêts.


La menace de Trump à l’encontre du système de santé est, comme je l’ai dit, stupide et détestable. Et il paraît difficile de croire qu’elle ira au bout.


Oui mais voilà: même si Trump se dégonfle, comme ce qu’il fait sur beaucoup d’autres sujets, il pourrait bien avoir déjà fait beaucoup de tort. Les assureurs sont en train de décider en ce moment même s’ils souhaitent participer au système d’échange de l’Obamacare pour 2018. Ces déclarations à l’emporte-pièce de Trump créent beaucoup d’incertitudes, qui en elles-mêmes pourraient priver un grand nombre d’américains de couverture santé.


Bien entendu, il y a de bonnes chances que Trump ne comprenne rien à tout ceci. Malheureusement, lorsque l’on est à la Maison Blanche, ce que l’on ignore peut faire du tort à beaucoup de gens.

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