Trump fait passer Caligula pour quelqu'un de bien

Trump fait passer Caligula pour quelqu'un de bien
Trump fait passer Caligula pour quelqu'un de bien - © Tous droits réservés

Même avant que l’obsession des média concernant les emails d’Hillary Clinton ne place Le Pire Président Jamais Connu™ à la Maison Blanche, les historiens comparaient déjà Donald Trump à Caligula, l’empereur romain cruel et dépravé qui se délectait de l’humiliation des autres, notamment des membres des élites de son empire. Mais au bout de sept mois d’administration Trump, on constate désormais que cette comparaison était injuste.

Tout d’abord, de ce que l’on sait, Caligula ne fit pas jaillir de violences ethniques au sein de son empire. Ensuite, encore une fois, de ce que l’on sait, le gouvernement de Rome continua à fonctionner raisonnablement bien en dépit de ses frasques : les gouverneurs des provinces continuèrent à maintenir l’ordre, l’armée continua à défendre les frontières et il n’y eut aucune crise économique.

Enfin, lorsque son comportement devint réellement intolérable, les élites de Rome firent ce que le parti qui est aujourd’hui aux commandes du Congrès semble incapable d’envisager : elles trouvèrent un moyen de se débarrasser de lui.

N’importe qui avec des yeux – en tout cas des yeux qui ne sont pas collés aux écrans de Fox news – s’est rendu compte depuis longtemps que Trump est littéralement incapable, à la fois sur le plan moral et intellectuel, de remplir la fonction qu’il occupe. Mais ces derniers jours, les choses semblent avoir atteint un point critique.

Les journalistes ont arrêté de s’emparer des quelques brefs moments de non folie afin de déclarer Trump "présidentiel" ; les chefs d’entreprises ont arrêté de tenter d’obtenir des faveurs en conférant à Trump un air de respectabilité ; même les dirigeants militaires sont allés jusqu’à se dissocier des déclarations de cette administration.

Disons les choses ainsi : “Pas mon président” ressemblait à un slogan extrême auparavant. Aujourd’hui, il est plus ou moins devenu le principe de fonctionnement d’éléments clefs du système américain.

Malgré cela, en surface, on peut avoir l’impression que la république fonctionne encore normalement. Nous créons encore des emplois ; les actions en bourse sont en hausse ; les services publics sont toujours là.

Mais rappelons-nous qu’il reste à cette administration à affronter une crise qu’elle n’a pas créée. De plus, une série de nouvelles effrayantes plane. Peu importe la réforme des impôts. Le Congrès doit agir dans les semaines qui viennent pour adopter un budget, ou le gouvernement devra s’arrêter ; relever le plafond de la dette ou les Etats-Unis seront en défaut de paiement ; renouveler le programme d’assurance santé pour les enfants ou bien des millions d’enfants vont perdre leur couverture.

Qui va s’assurer que ces échéances cruciales seront respectées ? Pas Trump, qui est trop occupé à porter aux nues les suprémacistes blancs et à faire la promotion de ses entreprises. Peut-être que les dirigeants républicains au Congrès seront toujours capables de gérer leurs membres extrémistes, qui voient le fait d’affaiblir le gouvernement comme une bonne chose, afin de les inciter à signer les accords nécessaires.
Mais la révélation que ces dirigeants ont menti sur le système de santé pendant toutes ces années a détruit leur crédibilité intellectuelle – vous vous souvenez de ce temps où les gens prenaient la soi-disant expertise politique de Paul Ryan au sérieux ? Et leur association avec le Président Caligula a également détruit leur crédibilité morale.

Ils pourraient continuer à faire fonctionner le gouvernement en s’entendant avec les démocrates, mais ils ont peur de faire ça, pour la même raison qu’ils ont peur d’affronter le fou de la Maison Blanche.

Car voilà la situation : tout le monde à Washington sait désormais que nous avons un président qui n’a jamais cru une parole de ses promesses de défendre la Constitution. Il viole son serment quasiment tous les jours et ça ne va jamais s’améliorer.

La bonne nouvelle, c’est que les pères fondateurs avaient envisagé cette possibilité et avaient proposé un remède constitutionnel : à l’inverse des sénateurs de la Rome Antique, qui durent conspirer avec la Garde Prétorienne afin de faire assassiner Caligula, le Congrès américain a la possibilité de démettre de ses fonctions un président voyou.

Mais un tiers du pays soutient toujours ce président voyou – et ce tiers représente une immense majorité de la base du parti républicain. Et donc tout ce que nous entendons de la grande majorité des élus républicains, ce sont des commentaires non-officiels de "désarroi" ou des critiques envers tout sectarisme qui étrangement ne nomment jamais le sectaire en chef.

Ce n’est pas simplement que les républicains craignent les défis, aux primaires, des candidats qui se plient aux exigences de la droite raciste, bien que ce soit le cas ; Trump soutient déjà les candidats opposés aux républicains qu’il considère comme pas suffisamment loyaux.

Le fait est que les suprémacistes blancs sont un élément clef, même si non reconnu, de la coalition du parti républicain, et les républicains ont besoin de ces votes pour gagner les élections générales. Au vu de la lâcheté que nous avons pu constater chez eux récemment, il est difficile d’imaginer quoi que ce soit – et ce, y compris des preuves de collusion avec une puissance étrangère – qui leur ferait risquer de perdre le soutien de ces électeurs.

Il est donc très probable que nous nous retrouvions coincés avec un président malfaisant et incompétent, que personne avec un quelconque savoir ne respecte et que beaucoup considèrent comme illégitime. Si c’est le cas, il nous faut espérer que notre pays parvienne tant bien que mal à vivre les prochains 18 mois sans catastrophe et que l’élection à mi-mandat ne transforme le calcul politique et qu’elle rende la Constituions formidable à nouveau.

Si cela n’arrive pas, tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il faut que Dieu sauve l’Amérique. Parce que tout indique que ce ne sont pas les républicains qui le feront.

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