Trump, droits de douane, tofu et baisses d'impôts

Trump, droits de douane, tofu et baisses d’impôts
Trump, droits de douane, tofu et baisses d’impôts - © Tous droits réservés

Selon des indications récentes, la croissance économique récente des Etats-Unis était pleine de soja.

Sérieusement. Plus de la moitié des exportations de pousses de soja de l’Amérique sont à destination de la Chine, mais les droits de douane chinois vont faire basculer une grosse partie de cette demande vers le Brésil, et les pays qui, normalement, obtiennent leurs pousses de soja du Brésil se sont empressés de les remplacer par les pousses américaines. Le résultat pervers de tout ça c’est que la perspective de ces droits de douane a temporairement mené à une flambée remarquable des exportations américaines qui, selon des estimations indépendantes, vont ajouter environ 0,6 points au taux de croissance américain pour le second trimestre.

Malheureusement, nous allons rendre ces points de croissance, et plus encore, dans les mois à venir.

Grâce à la guerre commerciale qui se profile, les prix des pousses de soja américaines ont plongé et les agriculteurs de l’Iowa se préparent à des lendemains difficiles.

Pourquoi suis-je en train de vous raconter cette histoire? En partie pour vous rappeler les conséquences non voulues de la guerre commerciale de Donald Trump, qui va faire du mal à beaucoup de gens, comme les agriculteurs de l’Iowa qui l’on soutenu en 2016. En fait, on dirait bien que la guerre commerciale va faire du mal, plus généralement, à ceux qui ont soutenu Trump plus qu’à ses adversaires.
Dans le même temps, la guerre commerciale de Trump va bénéficier à certains groupes inattendus.

Est-ce que le fait de rendre sa grandeur au Brésil faisait partie de son programme ?

Mais j’utilise cette parabole des pousses de soja afin de mettre en garde contre ce qui va se passer plus tard dans le mois, lorsque les estimations préalables du PIB du second trimestre vont tomber. Les chiffres d’accroche vont probablement donner une bonne impression, peut-être une croissance de 4%.

Si c’est le cas, Trump va claironner cette nouvelle comme la preuve que ses mesures politiques fonctionnent – et certains journalistes crédules vont le suivre sur cette voie.

Ce qu’il faut savoir c’est que a) les fluctuations trimestrielles de croissance sont, surtout,  beaucoup de bruit, et qu’elles en disent très peu sur les perspectives économiques sur le long terme et b) que les indicateurs plus fondamentaux démontrent que la réussite principale de Trump en matière de  mesure politique, à savoir les baisses d’impôts de l’année dernière, n’offre rien, en gros, de ce que ses soutiens avaient promis.

A propos de ces taux de croissance trimestriels : si l’on s’en tient à l’histoire, la relance économique depuis la fin de la crise financière mondiale est remarquablement homogène. Si l’on regarde la croissance des emplois, l’on voit une tendance stable vers le haut, a priori non affectée par les évènements politiques. La croissance trimestrielle du PIB, cependant, fluctue énormément, avec deux trimestres négatifs et un 5,2% élevé au troisième trimestre de 2014.

La morale est claire : il ne faut pas faire attention, ou très peu, aux oscillations de croissance à court terme, qui peuvent être influencées par des choses transitoires, comme le commerce de la pousse de soja redistribué sur le plan mondial.

Mais dans ce cas, comment évaluer les mesures économiques prises par Trump ? La réponse, c’est de regarder comment ces mesures sont censées marcher et les comparer avec ce qu’il se passe réellement.

Laissez-moi me montrer fort peu élogieux avec les baisses d’impôts de 2017 : tandis que la logique de la guerre commerciale de Trump est totalement obscure – peu importe comment elle est censée marcher, l’objectif à atteindre n’est même pas clair – ceux qui ont écrit le projet de loi des impôts avaient leur théorie sur cette affaire. La voici : des impôts plus faibles pour les grandes entreprises amèneraient une gigantesque flambée d’investissements, ce qui augmenterait la productivité, ce qui, en fin de course, serait redistribué aux employés grâce à des salaires plus élevés.

D’ailleurs, l’idée même que les employés allaient en tirer un bénéfice immédiat a toujours été du grand n’importe quoi, et bien entendu, ils n’ont rien obtenu du tout. En fait, si l’on tient compte de l’inflation, les salaires horaires des employés lambda étaient légèrement plus faibles en mai que ce qu’ils étaient l’année précédente.

Quoi qu’il en soit, quand je dis une gigantesque flambée des investissements, je dis bien gigantesque. L’année dernière j’étudiais les estimations de la Tax Foundation, la seule institution indépendante (enfin, du moins soi-disant indépendante) qui était prête à soutenir des analyses très optimistes des baisses d’impôts. Il s’est avéré que ces estimations impliquaient un coup de fouet dans les investissements des entreprises d’environ 600 milliards de dollars par an, soit 3% du PIB.

Rien de tout cela n’est en cours, et des indicateurs importants quant aux investissements des entreprises, comme les commandes des biens capitaux, ne montrent aucun signe qu’un boom des investissements est à venir. Les grosses entreprises ont obtenu de très fortes baisses d’impôts : les recettes fiscales sur les profits des grandes entreprises sont en chute libre depuis que la loi sur les baisses d’impôts est passée. Mais elles utilisent cet argent supplémentaire pour racheter des actions et engranger des dividendes plus élevés, pas pour investir.

Le résultat, c’est qu’il n’y a aucune raison de croire que la croissance potentielle de l’économie américaine – le taux de croissance qu’elle peut atteindre de manière significative – va être supérieure aux 2% ou moins auxquels s’attendent la plupart des analystes. Les baisses d’impôts ont été bénéfiques pour les actionnaires – dont un tiers environ est étranger. Pas franchement pour les employés américains.

Qu’accomplit donc la mesure économique de Trump? Les baisses d’impôts échouent littéralement à tenir les promesses faites par ceux qui les défendaient. Ce ne sont que les débuts de cette guerre commerciale mais la stratégie de l’administration semble faite pour s’infliger un maximum de dégâts à elle-même, et les premiers rapports laissent entendre que le conflit commercial conduit à des investissements réduits, pas accrus.

Avec cette toile de fond, quel poids devrions-nous accorder aux prochains gros titres qui seront générés par les prochains chiffres de la croissance ? Très faible, voire aucun. (Pour être clair, cette phrase s’applique également si les chiffres trimestriels sont pires qu’escomptés). La croissance à court terme n’est rien d’autre que du bruit, elle ne veut rien dire.

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