Trou budgétaire, patrimoine national

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La Belgique reste fâchée avec les budgets. Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont peiné à maîtriser ces matières.

Les gouvernements Martens des années 80 et Dehaene des années 90 ont certes réduit les déficits, mais à quel prix social et surtout, leurs successeurs n’ont pas tenu le cap.

Au seuil des années 2000, la Belgique avait réduit sa dette à un peu de plus de 80% du PIB (elle venait de 130% avant Jean-Luc Dehaene), disposait d’un budget annuel à l’équilibre. Aujourd’hui, le pays demeure loin du compte.

Soucis de calculette

Promis, la Belgique allait remettre son budget à l’équilibre pour 2018 ; avec toute son équipe, Charles Michel s’y était engagé auprès de l’Europe. Aujourd’hui, le déficit 2020 sera de près de 12 milliards… onze fois plus que ce qui était prévu il y a moins d’un an !

Pratiquement chaque année, la Belgique a vécu sous la menace d’une procédure européenne pour " déficit excessif " ; une habitude chez nous, à peine installé le gouvernement Di Rupo avait ainsi vu son budget recalé.

La dernière législature a été marquée chaque automne par les évaluations de la Cour des Comptes, estimant régulièrement que le budget déposé par le gouvernement fédéral sous-estimait les dépenses et surestimait les recettes.

Il manque toujours 7,5 milliards € pour financer le taxshift, son effet sur l’emploi discutable, la réforme de l’ Impôt des Sociétés (ISOC) coûte 5 milliards € et n’est financée qu’à moitié, la hausse des accises sur l’alcool a tourné au fiasco, etc. Ces dernières années, la croissance belge est restée en queue du peloton des pays européens.

La situation budgétaire actuelle, en douzièmes provisoires, est donc aussi la résultante des approximations budgétaires antérieures.

Incantations

Cela demeure un classique de la communication politique, quel que soit le gouvernement : l’action gouvernementale engendre les bons chiffres, la conjoncture internationale, les mauvais.

Dans les circonstances actuelles, la ministre du budget a effectivement beau jeu d’invoquer les affaires courantes pour expliquer le dérapage budgétaire qui pourtant résulte également de mesures prises antérieurement.

De toute façon quel que soit le niveau de pouvoir, l’heure est aux économies. Le nouveau gouvernement flamand l’éprouve déjà. Jan Jambon s’est vu malmené quand il a dû annoncer les tours de vis imposés aux institutions et aux services en Flandre (allocations familiales, bonus logement, VRT, De Lijn, etc.).

La Fédération Wallonie Bruxelles a choisi la voie de l’endettement et du non-retour à l’équilibre budgétaire. Bruxelles se serre la ceinture, le budget wallon se fait attendre.

Le prochain (?) budget fédéral sera marqué du sceau de l’austérité. Au niveau des dépenses, la Sécurité Sociale est en première ligne ; au niveau des recettes, la fiscalité sur les hauts revenus et les entreprises. Pas de quoi emballer PS et N-VA, plus que réticents (euphémisme) à collaborer sur ces sujets.

@PhWalkowiak

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