Transversales: le combat des victimes des attentats du 22 mars

Le combat des victimes des attentats du 22 mars 2016
Le combat des victimes des attentats du 22 mars 2016 - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

32 morts, 230 blessés, 778 parties civiles… C’est le bilan officiel des attentats du 22 mars 2016. Un bilan qui ne reflète qu’imparfaitement qui sont les victimes.

Par exemple, lors de leurs auditions devant la commission parlementaire d’enquête, le 18 janvier dernier des proches sont venus dire à quel point leur vie avait été chamboulée qui, par la disparition d’un mari dont le salaire représentait le seul revenu du ménage, qui par une mère confrontée aux frais médicaux astronomiques nécessité par les soins de sa fille. Des sauveteurs, également, premiers témoins des scènes d’horreur à Zaventem ou Maelbeek. Quelquefois aussi ce n’est que plusieurs mois après les faits que le stress post-traumatique s’est manifesté.

Aujourd’hui, beaucoup de victimes, indépendamment même de l’aide qu’elles seraient en droit d’attendre, regrettent de ne pas avoir été reconnues comme tel.

Devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats

Ce n’est que le 18 janvier 2017 que la Commission d’enquête sur les attentats du 22 mars a reçu une délégation de victimes. 9 mois après le début de ses travaux et plus de 300 jours après les événements. Une situation qui reflète l’amertume de familles touchées par des actes qui ne les visaient pas elles, mais que les terroristes destinaient à l’État.

Bien sûr, le gouvernement, le parlement et les autorités politiques se sont heurtées à la difficulté pratique d’entrer en contact directement avec les victimes, empêchés par soit le secret de l’instruction soit le secret médical.

Entretemps, ces victimes, les familles et les proches des personnes qui ont perdu la vie à Zaventem ou Maelbeek, ou qui y ont été blessées se sont organisées en associations. Deux initiatives ont vu le jour : V-EUROPE et Life4brussels.

Leur audition devant la Commission d’enquête, le 18 janvier, leur a sans doute permis de sortir de l’ombre, de rendre publiques leurs difficultés psychologiques, mais surtout matérielles. De mettre d’autres visages que ceux de terroristes en fuite ou capturés, sur les attentats du 22 mars. Concrètement, les députés ont promis de garder le contact, de consacrer un volet spécifique à leur problématique dans les recommandations finales. Le président de la Commission d’enquête, Patrick Dewael a également pris contact avec le Premier ministre Charles Michel, pour le sensibiliser à certains aspects urgents, comme la création d’une "task force", avec les entités fédérées.

S’inspirer des "bonnes pratiques" d’autres pays, c’est aussi la recommandation d’une association européenne d’accompagnement des victimes VICTIM SUPPORT EUROPE.

Les États-Unis sont très avancés en la matière depuis les attentats de New York et Washington le 11 septembre 2001.

La France a également depuis de nombreuses années un dispositif pro-actif qui assure immédiatement des moyens financiers provisionnels qui permettent aux victimes de faire face aux premiers frais. Des expériences dont la Grande-Bretagne et l’Espagne se sont inspirés.

Reçus au Lambermont

La persévérance des associations de victimes a fini par payer. Le 13 février, elles étaient reçues au Lambermont, la résidence de fonction du Premier ministre, en présence, outre de Charles Michel, des ministres de la Justice, Koen Geens, de l’Intérieur, Jan Jambon et des affaires sociales et de la santé, Maggie De Block. Deux très longues entrevues, Life4Brussels le matin et V-EUROPE l’après-midi, de plus de 4 heures chacune, pour faire le tour de l’ensemble des problématiques de l’aide aux victimes.

Un statut de solidarité nationale

Le 24 février, le conseil des ministres adoptait le projet de loi déposé par les ministres de la Santé, Maggie De Block et le ministre de la Défense Steven Vandeput, relatif à la création d'un statut de solidarité nationale, à l'octroi d'une pension de dédommagement et au remboursement des soins médicaux suite à des actes de terrorisme.

Un texte qui s’inspire de l’aide aux victimes civiles de guerre, ce qui explique qu’il soit co-signé par le ministre de la Défense, que le gouvernement veut ouvrir à la discussion. Il a été présenté le 8 mars en Commission de la Santé, qui a décidé qu’il ne serait discuté qu’une fois les conclusions et recommandations de la Commission d’enquête sur les attentats du 22 mars seront connues, c’est-à-dire, au plus tard le 30 avril. Au passage, l’opposition a proposé de procéder à des auditions, notamment des associations de victimes, ce que de manière pour le moins surréaliste, la majorité lui a refusé. Il faut dire que les associations de victimes ont réalisé une analyse fouillée du texte du projet de loi. Leur appréciation est globalement négative, le dispositif est trop compliqué, il ne garantit pas que les victimes bénéficieront d’une intervention significative, certaines catégories de victimes sont oubliées. Pour Life4Brussels et V-EUROPE, le projet de loi tel qu’il est ne peut être qu’une base de travail.

Où sont les assurances ?

De son côté, Maggie De Block en a profité pour "charger" les assurances, qu’elle accuse de ne pas prendre leurs responsabilités. Selon les chiffres qu’elle a communiqués à la Commission de la Santé, seuls 15% des dommages seraient pour l’instant dédommagés et 82% des dossiers ne seraient même pas traités.

Du côté d’Assuralia, l’Union professionnelle des entreprises d’assurances on précise que jusqu’à présent 16 millions ont été versés aux victimes sur un montant total provisionné de 136 millions.

Ils concernent 1.361 dossiers ; soit 1.068 relatifs à l’attentat de Zaventem et 263 pour la station Maelbeelk. 85% portent sur des dommages corporels, 10% sur des dommages matériels et 5% visent des dommages moraux. Ces dommages concernent particulièrement les branches des responsabilités civiles (45%) et des accidents de travail (43%).

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