Tous responsables... Pas de responsable

Au-delà du cas spécifique des personnes concernées, les affaires Milquet et Galant révèlent aussi les carences de gouvernance que connaissent les différents niveaux de pouvoir du pays, comme avant elles, les affaires concernant les tunnels bruxellois ou l’Office Wallon des déchets.

Méfiance réciproque

Entre cabinets ministériels et administrations, chacun travaille bien souvent de son côté. Un ministre soupçonne souvent son administration de manque de loyauté (ses dirigeants ont souvent été nommés par un gouvernement d’une autre couleur) et de flexibilité. Dans un pays où il est de tradition de négocier la nuit, des dizaines d’heures durant, un ministre entend compter sur des collaborateurs fidèles, performants et taillables et corvéables à merci. Difficilement compatible avec un statut de fonctionnaire.

L’administration s’estime souvent comme la véritable détentrice du savoir-faire et des compétences. Le dossier du survol de Bruxelles et les frictions entre la ministre Galant et son directeur d’administration Laurent Ledoux, l’ont illustré.

La méfiance prévaut, chacun soupçonnant l’autre de vouloir le contourner.

Pays éclaté

Une même compétence est régulièrement éclatée entre plusieurs gouvernements et/ou administration. A Zaventem, c’est plutôt l’Intérieur qui est censé gérer l’espace public et la Mobilité ce qui se trouve au-delà des contrôles.

La Commission Européenne pointe le manque de moyens que la Belgique affecte à la sécurité de ses aéroports. Le gouvernement fédéral avait débloqué 400 millions pour la Sécurité après les attentats de Charlie Hebdo mais la ministre a fait savoir à son administration que ce n’était pas pour elle. La même ministre avait annoncé à grand tapage qu’il aurait des portiques de sécurité dans les gares. Un an plus tard, les voyageurs attendent toujours…

Et quand le pays se retrouve  en état d’urgence, chacun se regarde pour savoir ce qui convient de faire et finalement, chacun agit dans son coin.

Pour pointer les carences, la mode actuelle est aux commissions. Ce fut la commission " tunnels " au Parlement bruxellois qui a finalement ratissé large et mouillé tous ceux qui étaient passés au pouvoir depuis 20 ans, autrement dit tout le monde, donc personne.

La Commission d’Enquête sur les attentats du 22 mars qui sera mise en place ce jeudi dispose finalement d’un champ d’investigation tellement large que l’on pourrait aux origines historiques du radicalisme, le souci étant bien de pouvoir mouiller tout le monde, et donc personne.

C’est le propre du système belge, aucune compétence n’est à exercice unique ni dans l’espace ni dans le temps. Chacun se retrouve peu ou prou concerné.

Si ce n’est pas le ministre, c’est l’administration ou même un simple fonctionnaire (de police par exemple), si c’est le ministre, reste à trouver lequel, et pour quelle période… Et finalement, si c’est bien le ministre qui est responsable, il faut près d’une semaine pour lui trouver un remplaçant.

@PhWalkowiak

 

 

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