"Their finest", une drama-comédie 100% british

"Their finest", une drama-comédie 100% british
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"Their finest", une drama-comédie 100% british - © Capture d'écran YouTube LionsgateFilmsUK

Découvrez les critiques cinéma de ce mercredi 17 mai signées Hugues Dayez.

Their finest

Londres, sous le Blitz. Alors que les bombardements allemands font rage sur la capitale du Royaume Uni, 30 millions d’Anglais se réfugient chaque semaine au cinéma pour essayer de rêver un peu. Le ministère de l’Information a créé un "département films" avec un objectif précis : tenter, par la magie de la pellicule, de galvaniser le moral des troupes et d’exalter la fibre patriotique des citoyens. Le nouveau film de propagande que ce ministère veut mettre en chantier vise un but supplémentaire : conquérir le marché américain, histoire de convaincre le pays de l’Oncle Sam de s’engager auprès des Alliés… La jeune Catrin Cole (Gemma Arterton, délicieuse) est engagée auprès de l’équipe de scénaristes pour travailler sur cet ambitieux long-métrage.

Catrin fait preuve d’imagination auprès de ses confrères, mais lorsque le tournage proprement dit du projet se met en place dans une petite ville côtière du Sud de l’Angleterre, les problèmes s’accumulent : il faut composer avec un acteur non professionnel américain qui se révèle incapable de jouer la comédie, et avec un vieil acteur anglais snob et capricieux (Bill Nighy, irrésistible)…

Une fois pour toutes, le cinéma anglais a une recette magique pour traiter avec humour et légèreté des sujets graves : le chômage dans "The Full Monty", les années SIDA dans "Pride", la grève des mineurs dans "Billy Elliott"… Ici encore, il y a l’art de choisir un angle savoureux pour traiter d’un sujet ardu, le cinéma de propagande pendant la Seconde Guerre Mondiale. La reconstitution d’époque est, comme de coutume, tirée au cordeau, le casting imparable, les dialogues spirituels… Tout cela pour rendre un vibrant hommage à un cinéma qui, malgré son message patriotique parfois fortement souligné, ne manquait pas de panache. "Their finest" ne révolutionne évidemment pas le 7ème art, mais le film a un charme fou.

Alien Covenant

Sir Ridley Scott est anglais, lui aussi, mais il a choisi de faire carrière à Hollywood depuis belle lurette. Alors qu’il s’apprête à fêter ses 80 ans en automne prochain, le cinéaste revient, près de 40 ans après, sur un des films qui a fait sa gloire : "Alien, le 8e passager", sorti en 1979.

Scott n’a filmé aucune des suites de ce qui est devenu une des "franchises" les plus fameuses du cinéma de science-fiction. Par contre, il s’était aventuré il y a cinq ans à réaliser un "prequel" d’"Alien", "Prometheus". On y découvrait une équipe d’astronautes s’aventurer dans le vaisseau spatial d’où allait naître le célèbre monstre extra-terrestre combattu par Ripley (Sigourney Weaver) dans le premier opus. Visuellement envoûtant, "Prometheus" avait néanmoins déçu pas mal de fans, car son scénario débouchait sur des perspectives un peu nébuleuses…

Comme, dans le monde du box-office américain, le public a toujours raison, Sir Ridley a revu sa copie pour "Alien Covenant" et livre cette fois un thriller horrifique nettement plus classique. Soit le récit d’une nouvelle équipe d’astronautes qui, dix ans après celle de "Prometheus", découvre la même planète et se laisse contaminer par une créature qui a besoin de l’espèce humaine pour proliférer… Bref, on revient aux fondamentaux d’"Alien". Cette "sequel" du "prequel" (eh oui, puisque le film s’insère entre "Prometheus" et le premier "Alien") n’est pas franchement indispensable, mais on aurait tort de bouder son plaisir, car le cinéaste, quoique bientôt octogénaire, n’a rien perdu de sa maestria et sait toujours ce que le mot "suspense" veut dire.

Corporate

Alors que "Les fantômes d’Ismaël" accapare l’attention médiatique grâce à sa présentation à Cannes, un autre film français tente de se faire une place cette semaine. "Corporate" traite frontalement du monde du travail, un univers trop rarement abordé dans le cinéma français. On y suit Emilie (Céline Sallette, très convaincante), une jeune directrice des ressources humaines qui subit un drame de plein fouet : un de ses employés, poussé à bout, se jette par la fenêtre de son bureau… Une inspectrice du travail veut faire toute la lumière sur ce drame, et le spectateur découvre bien vite qu’Emilie n’a pas la conscience tranquille : elle a été chargée par son patron (Lambert Wilson, cynique à souhait) de dégraisser l’entreprise à moindre frais, en poussant certains employés à la démission…

Le film de Nicolas Silhol fait écho à des drames très actuels – on se souvient de l’épidémie des suicides chez France Télécom – mais le réalisateur prend soin d’insuffler une dose de romanesque dans son film pour lui donner une dimension de thriller social. Si le scénario est solide et les profils psychologiques des personnages bien dessinés, il manque juste un soupçon d’invention visuelle dans la réalisation pour en faire du grand cinéma. Mais "Corporate" se détache malgré tout de la banalité actuelle de la production française, grâce à un vrai sujet et un casting solide.

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