Tant que ça fait vendre...

Halal, cela signifie ce qui est licite, autorisé par l'Islam. En clair : aucune trace de porc ou de graisse de porc, pas d'alcool et, quand il s'agit de viande, abattage selon le rituel. Si Questions à la Une s'intéresse ce soir au phénomène, c'est parce qu'une pratique réservée jusqu'alors à une religion est devenue en peu de temps un argument commercial au point d'envahir l'espace public. Le halal est en vogue, comme s'il s'agissait d'une nouvelle mode. 

Certains n'y voient aucun souci, d'autres se demandent s'il n'y a pas carrément là une forme de danger pour la laïcité ; en ce qui nous concerne, nous nous sommes interrogés sur les problèmes concrets que le phénomène engendre. Exemple : est-il normal que l'agneau que vous consommez, que vous soyez musulmans ou pas, soit presque toujours halal ? Et puis, est-on sûr que le halal le soit vraiment ? Autrement dit, comment s'assurer qu'il n'y ait là autre chose qu'un effet d'annonce ? Y a-t-il des contrôles ? Mais pourquoi l'Etat devrait-il se charger de contrôles qui concernent des préceptes religieux et non sanitaires ? Beaucoup de questions et une seule certitude : comme ça marche, l'appât du gain justifie beaucoup de petits arrangements bien éloignés de la morale, qu'elle soit religieuse ou pas. 

Et décidément, dès qu'il est question de commerce, on prend facilement quelque liberté avec la vérité. Ainsi, une autre grande tendance dans les magasins est à l'éco, au vert et aux petites fleurs, aussi bien pour les produits d'entretien que pour tout ce qui est comestible. Mais, bien souvent, ces affirmations hautes en couleurs sont peu fiables : on lave plus vert que vert dans les mots et dans les slogans mais le produit n'a souvent de vert que le nom. Cette pratique commerciale porte d'ailleurs le joli nom de "greenwashing", littéralement le "lavage en vert". Voilà qui rappelle étrangement le grand doute que l'on peut avoir vis-à-vis des produits light qui n'ont trop souvent de light que le nom... 

Morale de l'histoire : comme le disait déjà Voltaire il y a plus de deux siècles : "Mentez, mentez il en restera quelque chose". Avec pour résultat que le consommateur réellement sensible à la protection de l'environnement se demande bien à quel saint se vouer.

 

Pierre Marlet

Chef de production et d'édition de Questions à la Une

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