Tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout, il…

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

n’y a d’accord sur rien !

L’antienne pave l’histoire politique belge des cinquante dernières années. Négociations au bout de la nuit, marathon de réunions, claquage de portes, épuisement, énervement, crispations, petites phrases, fuites, déclarations matamoresques et on en passe ; tous les ingrédients sont connus même si cette fois, avec le covid et avec un gouvernement effectif mais sans majorité et de fait en affaires courantes sans l’être, le petit monde politique local arrive à innover. Ce serait drôle si derrière ne se trouvaient 600 jours de vide gouvernemental, plus aucun budget voté depuis l’automne 2017 et la plus grande crise socio-économique depuis la guerre à nos fenêtres !!

Les limites d’un système

On le sait, le système belge est à bout de souffle. Conçu en même temps que le suffrage universel, pour fonctionner avec une majorité de deux forces politiques en coalition gouvernementale, ce système se grippe totalement avec la surmultiplication des interlocuteurs et des intérêts de plus en plus divergents. Si à deux, les concessions mutuelles peuvent s’accorder aisément, cela devient schizophrénique à sept, comme c’est le cas actuellement.

Comment calculer le taux de concessions des uns et des autres en fonction du poids électoral ou politique des uns et des autres ?

PS et N-VA restent à ce stade les deux formations politiques à avoir poussé l’exercice le plus loin, mais au point d’en avoir oublié quelque peu d’associer les partis intégrés dans cette " bulle de cinq " (© Bart De Wever). Ce qui a notamment incité les libéraux à requérir le soutien des écologistes pour torpiller ce qui était grossièrement en gestation. Les libéraux qui n’étaient pas d’accord sur tout, ont préféré n’être d’accord sur rien.

Concessions réciproques

On ne saura sans doute jamais ce que socialistes et nationalistes mitonnaient précisément. Quel équilibre ont-ils bien pu trouver entre nouvelles réformes de l’état et refinancement social ? Sachant qu’il n’y a pas la majorité institutionnelle requise pour les premières et guère d’argent pour le second. Mais cela génère des fantasmes chez certains et risque de baliser la négociation en cours. Les socialistes ne peuvent obtenir moins des libéraux que ce que la N-VA se disposait à " céder ", le CD&V doit entrevoir quelques avancées communautaires alors que les libéraux entendent faire de la coalition en gestation le prolongement naturel de la précédente ! Enfin, les écologistes ne peuvent admettre que l’on reporte encore la fermeture de toutes les centrales ou que d’ambitieuses mesures en faveur du climat ne figurent dans l’accord final.

A ce stade, les partenaires semblent bien plus dans le whishful thinking, le volontarisme que dans la décision ou le programme effectif. Et on ne vous parle pas de l’identité du Premier Ministre ou de comment trouver une solution au dossier de l’IVG, où chacun a déjà pris des engagements rédhibitoires.

Cette coalition qui vient, risque donc bien d’être celle qui n’est d’accord sur rien (si ce n’est le pouvoir) faute d’avoir pu se mettre d’accord sur un peu tout.

 

@PhWalkowiak

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