Système endémique wallon

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La Wallonie a mal à sa gouvernance. Une fois de plus. Au point que cela tourne à la caricature, voire à l’atavisme. Il y avait des députés wallons mercredi à Namur qui en étaient désespérés : des efforts, du travail de nombreuses années réduits à néant, ou presque.

Structures publiques

Pendant des années, les pouvoirs publics ont multiplié les structures : intercommunales, asbl communales ou provinciales, de plus en plus, à la fois pour contrôler, gérer, suppléer le privé ou plus crûment se faire plaisir, caser "ses" gens.

Les scandales Agusta-Dassault, Carlier, INUSOP, Carolo, ICDI, etc. sont passés par là et l’arrivée d’Ecolo à Namur (1999-2004 et surtout 2009-2014) ont amené les autres partis à remettre le "système" en question.

Paradoxe au vu de la dernière actualité : Paul Furlan aura été la cheville ouvrière de cette réforme, en tant que ministre de tutelle exécutant un accord de majorité. C’est lui qui a négocié avec la Flandre pour que Tecteo, intercommunale plurirégionale revienne dans le giron wallon ou qui a diminué de presque de moitié le nombre d’intercommunales en Wallonie ou plus largement géré le décumul des mandats. Mais visiblement, cela ne suffit pas et même si la Wallonie s’est imposée plus de règles que d’autres niveaux de pouvoir, elle (se) doit d’aller plus loin.

Système

Le spécialiste des migrations et politologue François Gemenne, au coup de gueule salutaire, n’a pas hésité à évoquer un système "mafieux" autour de Publifin/Nethys. Stricto sensu, il se trompe pourtant. La mafia sicilienne ou calabraise ne respecte pas la loi. Ici, tant chez Publifin que pour les mandataires publics transformés opportunément en administrateurs privés, constitués même parfois en société, que pour certains cumuls, la loi est généralement respectée. Bien entendu, on ne parlera pas de l’esprit de la loi ou de comportement éthique.

Dans les cabinets, les décrets ont parfois été rédigés par ceux qui par ailleurs devaient les contourner. Claude Parmentier ne passe-t-il pas depuis 25 ans comme un des meilleurs spécialistes des structures communales ? En même temps que la majorité wallonne adoptait (enfin !) un dispositif de contrôle de Tecteo, celle-ci mettait en place un système permettant de le contourner. A Liège et à Namur, on retrouvait ainsi les mêmes personnes, les mêmes intérêts. Et c’est là qu’un véritable système a été mis en place, garantissant des indemnités démesurées à toute une série de mandataires publics, prenant bien soin que les trois partis traditionnels s’y retrouvent.

Nethys échappe ainsi à tout contrôle au point qu’Elio Di Rupo, sur Bel-RTL, envisage désormais qu’un bourgmestre ne puisse être aussi directeur d’entreprise. Son regard portait jusqu’à Ans et son bourgmestre-patron de Nethys, Stéphane Moreau (PS). Qu’en sera-t-il du petit garagiste bourgmestre de son village ou de l’avocat-mandataire ? Tout en sachant qu’un nouveau "système" peut toujours remplacer l’ancien, de manière endémique…

La Wallonie souffre du mélange des genres, des structures parapubliques à l’usage douteux, de son sous-localisme. Pourquoi, par exemple, avoir éclaté les TEC en autant de sociétés sous-régionales ?

Le citoyen wallon croit-il encore en la sincérité de ses dirigeants ?

Le vent froid du populisme souffle sur toutes les démocraties et l’incurie politique wallonne pourrait le rendre plus glaçant un prochain soir d’élections.

@PhWalkowiak

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