Survie d’un gouvernement, survie de sans-papiers

Le précédent gouvernement fédéral est tombé sur le dossier "migration" ; l’actuel menace d’imploser sur la même question. La comparaison s’arrête là, même si la ligne politique n’a pas varié depuis. Sur ce sujet, la dernière déclaration gouvernementale se place dans le droit fil des gouvernements Di Rupo et Michel. Les états d’âme en sus, peut-être.

Chantage

Tous les partenaires gouvernementaux répètent avec plus ou moins de force qu’il n’est pas question de régularisation collective, ce que demandent pourtant les quelque 400 "sans-papiers" en grève de la faim depuis bientôt deux mois !

Coup de pression du PS et d’ECOLO : le Premier Ministre doit reprendre la main et en cas de décès d’un gréviste de la faim, les ministres socialistes et écologistes démissionneront dans l’heure ! La crise politique menace. Même si après ce coup de chaud, tant Paul Magnette (PS) que Jean-Marc Nollet (ECOLO) relativisent. A présent, les deux présidents disent voir des ouvertures dans la désignation d’un envoyé spécial (qui ne sera resté que deux grosses minutes en compagnie des grévistes) et gardent leur confiance en Sammy Mahdi, le secrétaire d’État qu’ils tentaient d’écarter 24h plus tôt.

Mis au pied du mur, pris de court, le Premier Ministre ne pouvait que rappeler l’urgence de l’heure (crise sanitaire, catastrophe naturelle sans précédent) et ne pas désavouer publiquement un partenaire de majorité (le CD&V), d’autant que la perception flamande de la situation diverge de la réalité francophone. Le Vlaams Belang hante les esprits.

Une solution sans solution

Il n’en reste pas moins que le gouvernement reste suspendu à l’ultimatum écolo-socialiste.

Il est vrai que faute d’une législation claire et précise sur la question de la régularisation, demeure une certaine marge de manœuvre. Comme lors des précédentes crises en la matière, la Belgique se contentera à nouveau d’un "bricolage de circonstance". Le vice-premier socialiste flamand (on notera le SP.A ne suit pas le PS sur la démission) Frank Vandenbroucke, qui en a connu d’autres, le rappelle : le cadre légal permet pas mal de solutions sur mesure.

La solution, si elle intervient avant le décès d’un gréviste, ne sera donc à nouveau que ponctuelle. Jusqu’à la prochaine crise, la prochaine grève de la faim.

La Belgique héberge 150.000 sans-papiers, parfois présents sur le territoire depuis de très nombreuses années, scolarisant des enfants nés ici, travaillant dans des entreprises.

Depuis 20 ans, les différents gouvernements n’ont pu qu’entériner la divergence profonde entre partis francophones (sauf MR) et flamands sur la question. Entre une approche pragmatique qui entérinerait un état de fait (la présence de migrants, jouant un rôle économique) tout en évitant d’évoquer les retours forcés d’une part et une volonté de ne pas encourager l’illégalité, d’encadrer strictement, quitte à ne pouvoir maîtriser les flux.

On notera qu’il n’est également pas question d’instaurer des critères clairs qui feraient des régularisations non plus une faveur discrétionnaire mais un droit automatique, par peur d’un afflux de migrants.

Enfin, il reste aussi le poids de l’opinion des deux côtés de la frontière linguistique : Maggie De Block et Theo Francken se sont forgé une cinglante popularité avec un discours de fermeté. Sans que cela profite à leur formation politique.

D’incertitudes en non-décisions, les sans-papiers resteront sans solution.

@PhWalkowiak

Sur le même sujet:

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK