Stéphane Deldicque (CSC): "Les voitures de la police de la route ont plus de 300 000 km"

Alors que Donald Trump sera en Belgique dans moins de 10 jours, les policiers étaient toujours en train de s'entraîner mercredi. Sur le plateau de l'émission "Jeudi en Prime", Stéphane Deldicque (CSC police) rassure : "Ils seront efficaces et assureront bien leur service."  Cela dit, pour lui, cette situation est révélatrice du manque de moyens à la police. "On ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour mener ce type d’exercices. Alors on fait avec ce que l’on a. Les policiers sont censés s’entraîner sur le plateau du Heysel, sur des sites abandonnés. Nous voudrions de véritables infrastructures, professionnelles, mais ici, on doit faire avec des bouts de ficelles."

Et ce manque de moyens ne concerne pas que les infrastructures. D’ailleurs, si les syndicats ont déposé un préavis de gréve jusque fin juin, c’est avant tout pour faire pression dans ce domaine explique Stéphane Deldicque. "Cela nous permet d’avoir un monitoring sur nos revendications qui sont de voir si les budgets sont bien affectés. C’est une des critiques que nous avions. Par exemple, la police de la route travaille avec des véhicules qui ont plus de 300 000 kilomètres et pour lesquels nous demandons un remplacement depuis des années. Quand ces véhicules vont chez le concessionnaire, le garagiste ne veut même pas y toucher."

Autre aspect du problème, le manque d’effectifs. Et la aussi, Stéphane Deldicque avance un exemple concret lié au projet du gouvernement de mettre en place un grand corps fédéral de sécurité pour surveiller des lieux sensibles. "Ce dossier était annoncé pour 2016, puis 2017 maintenant c’est 2018. En fait le ministre s’est rendu compte qu’il sera difficile d’atteindre les 1600 policiers pour constituer ce corps. C’est pour cela que c’est toujours reporté. Et on tente de trouver des solutions."

Les mesures du gouvernement sont larges et imprécises

Parmi les solutions, la loi votée mercredi pour permettre de confier certaines missions de police à des sociétés privées. Une loi qui éveille des craintes chez le syndicaliste. "Je regrette qu’en commission, où la loi a été discutée, il n’y a pas eu d'orateur pour parler d'éthique. Je crois que la force publique doit rester une fonction régalienne. Cette loi est pour moi une porte ouverte à une privatisation à outrance des fonctions régaliennes."

Ce projet n’est pas le seul sur les rails des ministres. Le gouvernement a annoncé dimanche ses 28 mesures en matière de sécurité. Des mesures que Stéphane Deldicque qualifie de "larges et pas très précises".  Et pour lui, parmi elles, le recours à des civils pour des missions d’infiltration pose tout de même question. " Je suis très dubitatif. On a dans notre organisation des gens qui font cela avec une formation, un suivi psychologique parce que c'est très dur. Ici, on n'a pas d’information sur le profil de fonction, le suivi. Pour moi, encore une fois, c’est un effet d’annonce, mais je ne sais pas si ça répond à un besoin réel."

Mais pas question pour autant de flinguer son ministre de tutelle, Jan Jambon (N-VA), surtout pas sur la question des budgets. "Je mets tous les partis dans le même sac. Jan Jambon tente de rattraper le retard accumulé, mais cela prendra 5 à 10 ans pour atteindre un seuil acceptable."

Par contre, lorsqu'il est question de la récente proposition du Ministre de l’intérieur de mettre des policiers en faction en Turquie pour être informé sur le retour de djihadistes, le ton est moins tendre. "Coté turc, on n'était pas encore au courant de la mesure. Alors même si l'idée est louable, cette sortie du ministre peut rendre le travail sur le terrain plus compliqué." Et de conclure sur la communication de Jan Jambon : "Le besoin de polémiquer et de montrer qu’on est dans l’action se fait parfois au détriment de l’efficacité."

Un ton dur, qui s’explique aussi par l’attitude de Jan Jambon dans la foulée des attentats du 22 mars, quand le Ministre avait pointé la responsabilité de l’agent de liaison de la Belgique en Turquie. Même si l’agent de liaison a depuis été blanchi, l’épisode reste visiblement en travers de la gorge du syndicaliste chargé de le défendre.

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