Starlink, OneWeb, Kuiper (Amazon) : le ciel est-il en train de devenir le nouveau "far west" ?

Le "train" de satellites Starlink lors de son passage au-dessus de la Belgique le 24 avril dernier
Le "train" de satellites Starlink lors de son passage au-dessus de la Belgique le 24 avril dernier - © KURT DESPLENTER - BELGA

Par milliers, les nouveaux satellites envahissent le ciel. Vous en avez peut-être aperçu récemment. Et vous avez sans doute ressenti une étrange sensation. La semaine dernière, aux alentours de 22 heures, un "train" est passé dans le ciel. Un train de satellites.

Le premier avait un peu l’allure d’un très long train de marchandises, avec des dizaines de points lumineux se succédant à partir du sud/sud-ouest en direction de l’est/sud-est, son passage a duré une quinzaine de minutes. Deux jours plus tard, à peu près à la même heure, c’était plutôt un train à grande vitesse, les " points lumineux " étant cette fois les uns derrière les autres, formant presque un "trait" dans le ciel. Pour un passage d’une dizaine de secondes.

C’était fascinant.

Mais pas seulement.

Cela pose aussi quelques questions.


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Placés dans le ciel par des fusées Falcon 9, ces dizaines de satellites qui sont en réalité déjà des centaines (420 pour être précis) avant de devenir des milliers font partie du projet Starlink, conçu par SpaceX, la société d’Elon Musk. Le lancement de la semaine dernière était déjà le quatrième de cette année, le septième depuis la concrétisation en mai 2019 de ce projet qui vise à proposer un accès internet à haut débit partout dans le monde, avec des performances dépassant de loin celles des satellites traditionnels.

La promesse de Starlink est d’offrir cet accès internet dans les endroits de la planète où ce n’est jusqu’à présent pas fiable, où cela coûte très cher ou encore là où c’est tout simplement impossible.

Les débris spatiaux sont déjà très nombreux

Chacun de ces satellites pèse 260 kilos. Equipé d‘un panneau solaire, il dispose aussi d’un système d’évitement de collision relié au système du département américain de la Défense, ce qui lui permet d’éviter les débris, et l’espace n’en manque pas : la conquête spatiale en a déjà produit des tonnes : une estimation réalisée par le bureau des débris spatiaux de l’Agence spatiale européenne faisait état d’environ 5000 objets mesurant plus d’un mètre, 20.000 objets de plus de 10 cm et 75 0000 petits débris d’environ 1 cm.

Le projet Starlink se veut ambitieux : la société américaine affirme non seulement rencontrer mais dépasser tous les standards de l’industrie. A la fin de leur vie, les satellites utiliseront leur propre système de propulsion pour quitter leur orbite en quelques mois. Et si le système de propulsion devait faire défaut, les satellites, qui sont à une altitude de 550 km, brûleraient dans l’atmosphère dans les 18 mois, ce qui est nettement moins que les centaines voire milliers d’années nécessaires lorsque le satellite se situe à des altitudes plus élevées, ce qui est le cas pour d’autres… Voilà donc pour la théorie.

Il ne faut évidemment pas oublier les autres projets du même ordre, tels que OneWeb – même si la société vient de demander la protection judiciaire, atteint par la crise financière engendrée par le Covid-19 – ou encore Amazon (projet Kuiper), tous ayant pour objectif de fournir un accès internet aux populations qui en sont aujourd’hui privées, sans parler de Facebook ni de ce qui viendra inéluctablement de Chine ou de Russie.

La technologie précède les lois

Cette constellation de satellites pourrait compter, à terme, jusqu’à 42.000 satellites, tous situés en orbite basse à des altitudes comprises entre 330 kilomètres et 1320 kilomètres. En d’autres termes, ces satellites vont devenir plus nombreux que les étoiles que l’on peut apercevoir sans équipement particulier…

"Cela risque de poser un réel problème pour les observations astronomiques depuis la terre", prévient Francesco Lo Bue, physicien à l’Université de Mons (UMons), qui voit dans cette nouvelle course à l’espace un "far west" des temps modernes : "Il n’y a pas encore de lois qui régissent précisément tout ce qui est possible de faire dans ce domaine. En réalité, la technologie est en avance sur les lois, ce qui donne l’opportunité à quelques milliardaires de faire plus ou moins ce qu’ils veulent".

En voyant passer ces satellites au-dessus de nos têtes, on est donc peut-être en train d’assister à ce que l’on pourrait appeler une nouvelle ruée vers l’or, non plus à extraire des mines ou des rivières, mais de l’espace. Car il y a évidemment des énormes bénéfices à la clé, qui se chiffrent en milliards de dollars.

De quoi, sans doute, financer d’autres projets, plus faramineux et plus coûteux, tels que la conquête de Mars.

De quoi sans doute améliorer aussi la technologie afin de rendre moins lumineux les milliers de satellites des prochaines générations.

Des satellites en permanence dans le champ de vision

Avec cette prolifération d’objets lumineux dans le ciel, l sera peut-être bientôt difficile d’encore observer les 3000 étoiles que l’on peut aujourd’hui voir à l’œil nu, tant les "perturbations lumineuses" vont devenir nombreuses. En se basant sur les données disponibles sur internet, des astronomes amateurs ont réalisé des hypothèses et sont arrivés à la conclusion qu’il y a aujourd’hui 7 satellites visibles dans le champ de vision (135 degrés) d’un observateur alors qu’il y a 420 satellites en orbite à une altitude de 550 km.

Lorsque le nombre de satellites passera à 11.926 en 2027 (ils évolueront alors à différentes altitudes) si tout se passe selon les prévisions, il y aurait alors 161 satellites visibles dans le champ de vision. Et cela passerait enfin à 223 satellites visibles lorsque les 42.000 – prévus à une date inconnue et répartis selon une distribution d’altitudes inconnues mais extrapolée selon la courbe des 11.926 – seraient lancés.

"Ça fait un peu peur", dit Francesco Lo Bue, qui conclut avec cette question : "Quelle sera l’étape suivante ?"

Et la réalité, c’est que personne, aujourd’hui, ne peut répondre à cette question.

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