Sommet européen : le scénario de 12 hommes en colère… en plus compliqué

12 hommes en colère, c’est ce classique du cinéma des années 50 signé Sidney Lumet. Douze hommes, douze jurés d’assises, se retrouvent enfermés dans une pièce pour délibérer. Ils doivent déterminer si l’accusé, un jeune homme que tout accable, a tué son père. Une intrigue finalement assez proche du sommet européen qui s’ouvre ce vendredi matin. Bien sûr dans ce sommet, personne n’a tué personne… En fait, le parallèle avec le film tient sur la manière qu’un des jurés va avoir pour convaincre un à un tous les autres de la pertinence de son point de vue. 12 hommes en colère, c’est un cas d’école sur l’art et la manière de négocier. Et la négociation, c’est précisément ce qui va être au cœur de ce sommet. Une montagne de négociation autour d’un pactole de 1800 milliards d’euros.

 

1800 milliards d’euros pour relancer l’économie

 

C’est d’abord un plan de relance de 750 milliards d’euros que la Commission va emprunter sur les marchés financiers au nom des 27 pour les redistribuer ensuite sous forme de subventions et de prêts, aux Etats les plus touchés par la crise sanitaire. Mais c’est aussi les quelque 1100 milliards d’euros du budget européen qui serviront à financer les politiques de l’Union des 7 prochaines années. Là aussi, pour redynamiser notre économie. En clair, l’Union européenne est à la croisée des chemins. C’est son destin que les chefs d’Etat et de gouvernement ont entre leur main. Et comme dans le film, il faut l’unanimité pour décider.

Une décision à 27 plutôt qu’à 12. Mathématiquement, c’est deux fois plus compliqué. Voire plus, car pour donner leur feu vert, les dirigeants européens doivent se mettre d’accord sur tous les détails. Comment est-ce que le pactole va être réparti ? Sous forme de prêts ? De subventions ? Avec quelles contreparties ?

Ils ne partent pas d’une page blanche. La négociation a déjà commencé en coulisses depuis quelques semaines. Avec des rencontres informelles entre dirigeants. De nombreux coups de téléphone aussi. Et au milieu, le président du Conseil, Charles Michel qui tente de tracer un compromis.

Mais ce n’est pas lui qui endosse le rôle joué par Henry Fonda, le héros du film, le juré numéro 8 qui convainc les autres.

 

Angela Merkel, juré numéro 8

 

Non, Henry Fonda c’est Angela Merkel. Physiquement, ça n’est pas évident, à part le regard peut être… Mais c’est bien elle l’architecte. C’est elle qui la première a mis son poids dans la balance pour emprunter collectivement. C’est grâce à elle qu’une piste totalement invraisemblable il y a quelques mois encore… est devenue envisageable. Il lui reste encore quatre jurés à convaincre : l’Autriche, la Suède, le Danemark et les Pays Bas. Quatre irréductibles qui n’en démordent pas : l’argent ne pousse pas sur les arbres et distribuer tous ces milliards d’euros sans contrepartie à des pays qui n’ont jamais été très rigoureux dans leur finance est une hérésie. Ils n’ont pas complètement tort. D’autant qu’ils ont mené des réformes de leur marché du travail et de leur système de retraite qui ont été difficiles à faire accepter à leurs électeurs. Et des élections législatives auront lieu dans moins d’un an aux Pays-Bas… Mais comme dans 12 hommes en colère, la question ici n’est pas de raisonner sur le bon sens et l’intuition politique. Il faut dépasser les a priori. C’est ce qu’a compris la chancelière allemande et c’est ce qu’elle a réussi à faire comprendre aux Allemands qui, aujourd’hui, la soutiennent largement dans son action.

L’unanimité sera sans doute difficile à trouver. Cela va prendre du temps. Il y aura sans doute beaucoup de tension autour de la table, des concessions vont encore devoir être faites. Peut-être faudra-t-il jouer les prolongations mais, au final, comme dans 12 hommes en colère, l’intime conviction du juré numéro 8 finira par l’emporter.

 

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