Semaine du commerce équitable: des soldes sur la bonne conscience ?

Semaine du commerce équitable : des soldes sur la bonne conscience ?
Semaine du commerce équitable : des soldes sur la bonne conscience ? - © Tous droits réservés

C’est aujourd’hui que débute la semaine du commerce équitable. Acheter son café ou son chocolat à un prix qui ne spolie pas les producteurs des pays éloignés c’est à priori à la portée de tout consommateur qui se respecte. Et pourtant on n'y pas encore.

C’est assez simple. Dans le monde, 800 millions de personnes vivent avec moins de 1,60 euro par jour. Plus d’1 être humain sur 10. Les ¾ sont des membres de familles paysannes. Elles produisent. Du manioc, du riz, de l’arachide, du cacao… Mais quand elles vendent leur production, si elles arrivent à la vendre, elles n’en tirent qu’un revenu ridicule. C’est ce grand déséquilibre mondial que ce concept du commerce équitable voudrait corriger. Un contrat moral entre producteurs et acheteurs. Nous nous achetons un peu plus cher, mais avec la garantie d’un produit de bonne qualité (sans pesticides ou colorants, avec des travailleurs qui ne sont pas des esclaves, etc…) , eux ils reçoivent un revenu décent et de quoi investir dans la pérennité de leur activité. L’objectif des promoteurs de la semaine du commerce équitable serait que chaque européen dépense chaque année 15 euros en produit du commerce équitable. Cela semble si peu, et pourtant nous n'atteignons pas encore cette barre symbolique. Pour la Belgique le panier annuel est aujourd’hui d’environ 14 euros. On est très loin des suisses qui eux consomment 65 euros par an de produits labelissés.

Pourquoi est-ce que cela ne marche pas ?

L’offre semble suffisante. Aujourd’hui toutes les enseignes de la grande distribution proposent des produits du commerce équitable, on est plus obligé de se rendre dans une boutique spécialisée. Ils ne sont pas toujours mis en avant dans les rayons, mais ils existent. La gamme des produits est plus large qu’on ne le pense : bananes, café, chocolat… mais on peut aussi trouver des vêtements, des bijoux et même des préservatifs, en caoutchouc naturel, issus du commerce équitable. La raison pour laquelle le commerce équitable reste modeste est très ancrée dans nos réflexes de consommation. Pendant un demi-siècle le monde de la distribution s’est fait concurrence sur la question du prix, la publicité et le marketing nous ont donc inculqué qu’il fallait en avoir pour son argent. Le plus possible pour le moins cher possible, il est très difficile de se débarrasser de cette vision.

Est-ce que ce commerce équitable a réponse à tout ?

Non, il faut faire un peu le tri. Le commerce équitable ce n’est pas le bio, même si cela va souvent ensemble. Ce n’est pas non plus le circuit court. On fait venir des produits de loin, l’empreinte écologique n’est pas neutre. Et si on parle de revenus équitables, on doit aussi s’interroger sur le prix du lait, des fruits, de la viande, qui sont produits par des paysans belges ou européens. En réalité c’est l’addition de plusieurs bonnes pratiques qui feront de nous des consommateurs responsables. Evitons de nous donner bonne conscience une semaine par an. Consommer mieux c’est d’abord consommer moins. La semaine équitable débute aujourd’hui, elle se termine le 14 octobre. Si j’ai bien compté cela fait une semaine de 10 jours. 10 jours pour le prix de 7 on dirait la promo d’un hypermarché.

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