Semaine de la mobilité: du vœu pieux à la triste réalité

Embouteillages quotidiens à Namur, pourtant une ville de taille moyenne
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Embouteillages quotidiens à Namur, pourtant une ville de taille moyenne - © Tous droits réservés

Septembre 2002. A l'initiative de la Commissaire européenne à l'Environnement Margot Wallström, la première semaine de la mobilité voit le jour. Le but est de promouvoir de la mobilité dite "durable".

Car il y a dix-sept ans, en Belgique, on ne voyait pas encore de trottinettes garées sur les trottoirs, peu de vélos à Bruxelles et un seul site de voitures partagées (Cambio). Le filtre à particules venait d'être inventé et la rue de la Loi comprenait encore cinq bandes de circulation et aucune piste cyclable, comme l'illustre la photo d'époque.

Après autant d'années de sensibilisation, on se demande bien ce qui a changé sur les routes du royaume. On a bien rénové quelques voiries, construit l'une ou l'autre station de métro, augmenté les sites propres pour les transports en commun et balisé certaines pistes cyclables, mais les bouchons sont toujours là. Bien plus importants d'ailleurs...

Petit pays trop dense

Dire que les problèmes de mobilité n'ont pas eu de conséquences sur le comportement des gens serait exagéré. Car depuis notre année de référence 2002, les transports en commun ont connu une augmentation importante du nombre de passagers transportés. De 150 à 244 millions pour la SNCB, De 692 millions à près d'1,2 milliard pour De lijn, STIB et les TEC ! Dernièrement, de nombreuses sociétés de voitures partagées se sont implantées dans le pays, ainsi que les vélos, trottinettes et autres scooters en libre service. Pour un même parcours urbain à Bruxelles, près d'une trentaine de possibilités s'offrent à présent aux voyageurs. Une application comme JoynJoyn les répertorie et propose le trajet idéal. Tiens, une application smartphone pour facilité la mobilité, encore une chose inimaginable en 2002, à l'époque du Nokia 3320...

Et pourtant, jamais les Belges n'ont possédé autant de voitures. Au 31 décembre 2018, on en recensait pas moins de 5 782 684, soit un bon million de plus que lors de la première édition de la semaine de la mobilité. En gros, on a eu autant de voitures supplémentaires que d'habitants sur la même période. Si l'on compte les motos, camions ou utilitaires, l'augmentation est encore plus flagrante puisque le nombre total de véhicules immatriculés dépasse les 7,7 millions actuellement contre 5,7 millions au début du siècle. La croissance démographique n'explique pas tout. On peut aussi évoquer les véhicules de société, toujours plus nombreux, l'exode rural des classes aisées qui continent à aller travailler en ville, l'offre encore insuffisante des transports en commun et même le prix "abordable" des véhicules actuels. Ils coûtent proportionnellement moins cher et sont mieux équipés qu'il y a vingt ans.

Sortir de l'impasse

Plus de véhicules sur les routes, plus d'habitants mais pas plus de routes. La petite Belgique n'est pas extensible et à l'exception des deux-roues (motorisés ou non), chaque véhicule supplémentaire sur nos route constitue un élément du problème en plus. On a beau dire que les jeunes ne rêvent plus nécessairement de voitures, que les mentalités évoluent, que la mobilité douce gagne de plus en plus de terrain : rien n'y fait. Le Belge roule toujours plus. En 2016, nos voitures avaient parcourus plus de 84 milliards de kilomètres. Le conducteur belge roule ainsi en moyenne 6 % de plus que le français, alors que les distances entre villes sont bien moins importantes. Alors bien sûr, selon que l'on habite une grande ville ou un village ardennais, on sera différemment concernés par cette problématique de mobilité. Nombreux sont ceux qui n'ont aucune alternative crédible à la voiture pour se déplacer. Mais les enjeux économiques, climatiques ou de santé publiques concernent tout le monde et justifient, si pas un changement radical de comportement, au moins une conscientisation du problème. C'est bien le but de la semaine de la mobilité.

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