Sang-froid

Les partis politiques belges ont eu besoin de pratiquement trois jours pour commenter ou réagir à l’attaque terroriste dans le Thalys Bruxelles-Paris de vendredi après-midi.

Il aura fallu que le Premier ministre veuille remettre en cause la libre-circulation dans l’espace Schengen pour que l’opposition réagisse.

Il faut dire que même la Commission européenne s’en est mêlée, tapant sur les doigts de Charles Michel : hors de question de restreindre la liberté d’aller et venir, les textes actuels permettent une lutte efficiente contre le terrorisme.

Impuissance politique

Il en va ainsi de la classe politique dans tous les pays du monde : elle aime laisser accroire qu’elle a la solution à tous les maux, le remède à toutes les situations. Vous ne rencontrez jamais un politique qui reconnaît qu’il est impuissant, qu’il ne peut rien faire.

Il faut donc avancer des solutions dans l’urgence médiatique. Pour Charles Michel, c’est donc la faute à Schengen. L’opposition a mis du temps à réagir. Les thématiques sécuritaires sont toujours délicates à manier, surtout sous le coup des émotions. L’opinion publique reste paraît-il, sensible.

Le PS suggère de renforcer plutôt les services de renseignement (ce que n’a pourtant pas fait le gouvernement Di Rupo). Le CDH pointe de son côté la diminution des budgets de la Police Fédérale et de la Justice, ordonnée par le gouvernement MR/N-VA et de rappeler que l’ajustement budgétaire de fin juillet ne prévoyait pas de moyens pour la sécurité. Les démocrates-humanistes s’abstiennent évidemment de préciser comment accorder efforts budgétaires et moyens supplémentaires pour les policiers. Le MR finit par rectifier le tir en fin de journée souhaitant un approfondissement de l’espace Schengen pour garantir nos libertés (sic).

La marge de manœuvre est très étroite et on ne pourra sans doute jamais empêcher un tireur fou d’ouvrir le feu aveuglément dans une foule, dans un Thalys comme sur la place Saint-Lambert.

Dans le contexte général actuel, les politiques se doivent de tenir un discours de vérité, d’éviter la surenchère, de garder leur sang-froid et se préserver des déclarations ou des mesures émotives qui finissent par être contre-productive, comme la loi sur les armes après l’affaire Van Themsche (2006).

Comprendre l’émotion ne signifie pas de gouverner sous son emprise et flatter l’opinion.

@PhWalkowiak

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